Accueil ARTS & CULTURE EXPOSITION De Duccio à Artemisia : la vision Sarti de l’art italien

De Duccio à Artemisia : la vision Sarti de l’art italien

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La galerie Sarti à Paris célèbre ses cinquante ans avec une exposition volontairement resserrée : 12 chefs-d’œuvre du XIIIᵉ au XVIIIᵉ siècle, réunis selon une logique de regard plus que de chronologie. L’ensemble agit comme une traversée cohérente de l’histoire de l’art italien, guidée par une même exigence : faire émerger la justesse, la singularité et la nécessité des œuvres, loin de tout effet de collection. Jusqu’au 3 avril 2026.

Cette unité est indissociable de la figure de Giovanni Sarti, fondateur de la galerie, dont la disparition en 2025 a suscité un concert d’hommages. La préface du catalogue rappelle combien son parcours éclaire sa manière de voir. Issu d’un milieu marqué par la pauvreté et l’exil, Sarti n’a jamais dissocié regard esthétique et expérience humaine. « J’ai grandi dans la pauvreté la plus absolue », écrit-il dans son journal, évoquant son enfance entre la Toscane et la Romagne, le travail précoce et l’apprentissage de la rigueur. Ce socle biographique explique sans doute une attention constante aux œuvres de transition, aux périodes fragiles, à ce qui se construit lentement plutôt qu’à ce qui triomphe.

« Il faut toujours chercher à s’améliorer », aimait-il répéter. Cette maxime irrigue l’ensemble de l’activité de Giovanni Sarti : recherche d’attributions justes, refus des facilités du marché, dialogue constant avec les historiens de l’art. Grâce à ce travail, plusieurs œuvres aujourd’hui reconnues ont permis d’affiner la connaissance de la peinture italienne entre le XIIIᵉ et le XVIᵉ siècle, en particulier dans des zones encore peu étudiées ou mal documentées.

Parmi les œuvres exposées, La Prudence de Jacopo della Quercia, réalisée vers 1410, occupe une place singulière. Cette sculpture en marbre, d’une rare intensité, condense à elle seule les tensions de la première Renaissance. La figure féminine à trois visages : celui de la jeunesse tournée vers l’avenir, la maturité attentive au présent, et la vieillesse porteuse de mémoire. Précurseur de Donatello et de Michel-Ange, Jacopo della Quercia (Sienne, 1371-1438) y affirme une puissance plastique encore empreinte de spiritualité médiévale, tout en ouvrant la voie à une nouvelle conception du corps et de l’expression.

Installée depuis 1996 à Paris, dans un hôtel particulier au 137 de la rue du Faubourg Saint-Honoré, la galerie Sarti rappelle que le rôle d’un collectionneur peut dépasser largement celui du passeur de chefs-d’œuvre. En 50 ans, Giovanni Sarti a construit une œuvre intellectuelle faite de choix, de silences et de fidélités. Son épouse et ses quatre enfants relèvent le défi de la transmission. Cette sélection de douze pièces agit comme un manifeste discret : celui d’un regard forgé dans l’épreuve, attentif aux commencements, et soucieux de transmettre une histoire de l’art fondée sur la nuance, la patience et la connaissance.