Le Musée Régional d’Art Contemporain Occitanie (MRAC) situé à Sérignan, dans l’Hérault, célèbre en 2026 vingt ans d’expositions, de rencontres. Un anniversaire attendu et réussi pour une commune de 7000 habitants non loin de Béziers. L’objectif ? Revenir sur son histoire et son ambition : rendre l’art contemporain accessible à tous par la diversité des pratiques artistiques. Jusqu’au 7 mars 2027.
Une initiative culturelle locale devenue un établissement artistique à l’échelle régionale
L’évolution du musée peut se comprendre en trois grandes étapes. A l’origine, en 1991, le musée est un espace d’art contemporain créé par la ville de Sérignan sous le nom d’Espace d’art contemporain Gustave Fayet (du nom du collectionneur, artiste lui-même, et mécène, originaire de Béziers). Il organise des expositions temporaires et accueille des artistes français et internationaux. En 1997, l’espace passe d’environ 200 à 600 m² : une extension qui permet de faire venir un public plus large. En 2006, la commune transforme cet espace en musée municipal, afin de préserver et de valoriser une collection constituée au fil des années. C’est aussi, plus de 2 000 m² de surfaces utilisables. Puis, en 2010, le musée devient le Musée Régional d’Art Contemporain Languedoc-Roussillon et passe sous la gestion de la Région. Après des travaux d’extension et de rénovation, il inaugure en 2016 un ensemble repensé de 3 200 m².
Stop The Machine ! Daniel Buren, parrain de l’exposition
Aujourd’hui, le musée, qui dispose de 3 200 m² consacrés à l’art contemporain, présente l’exposition anniversaire Stop The Machine !, parrainée par l’artiste Daniel Buren, présent déjà à l’exposition inaugurale. Ce dernier réalise ici, in situ, De l’Horizontale à la verticale, une œuvre pensée pour l’architecture du musée, en relation avec sa participation en 2006, où il jouait avec les couleurs – bleu, jaune, rouge, vert – et les triangles rayés de bandes blanches et transparentes, de fenêtre en fenêtre.
A nouveau, l’artiste investit les espaces et modifie les perspectives : « Une sorte de tapis rayé de bandes blanches et noires, qui aboutit en ligne droite au mur du fond du hall d’entrée et se plie alors à 90° et monte le long de ce mur », décrit Daniel Buren. L’œuvre se déploie ainsi dans le hall d’entrée, les espaces de l’accueil et de la librairie, et invite le visiteur à pénétrer dans l’exposition.
L’exposition réunit au total 264 artistes et 475 œuvres issues de trois collections publiques régionales : celles du MRAC Occitanie Sérignan, du Frac Occitanie Montpellier et des Abattoirs, Musée–Frac Occitanie Toulouse. L’exposition fait dialoguer les œuvres, les générations et les pratiques artistiques, de 1968 à aujourd’hui.
L’IA, certes, sans pour autant remplacer la sensibilité humaine
Le titre Stop The Machine ! – « Arrêtez la machine ! » – fait référence à la place de l’intelligence artificielle dans la conception de l’exposition. « Il y avait de quoi être dépassé par ce nombre colossal d’œuvres et par leur caractère disparate », prévenait son commissaire, Fabrice Bousteau. L’originalité du commissariat réside dans sa méthode : partir de l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle pour explorer et classer un ensemble de près de quatre mille œuvres, parvenir à en sélectionner plus de 400 et conserver par ailleurs, son propre regard et ses choix artistiques. Bousteau donne à voir une expérience – à partir des applications d’IA – fondée sur des thématiques de couleurs, sur les contrastes et les rencontres entre les œuvres. L’IA, certes, mais sans pour autant remplacer la sensibilité humaine, l’intuition et la créativité.
De 1968 à aujourd’hui, 275 artistes
Bleu, Noir & blanc, Brut, Jaune, Rouge, Vert, Multicolore, autant de pièces pour autant de couleurs et de significations : le bleu, évoquant la spiritualité, le calme intérieur, l’infini ; le noir & blanc, exprimant le silence ou la profondeur, voire une expérience sensorielle ; le jaune ou la couleur de l’éclat, du soleil, de la lumière, mais aussi de la maladie ou de la transgression ; et puis, le rouge, l’une des couleurs les plus symboliques, les plus frappantes, qui dit la vie, la passion, l’amour, la puissance du cœur, mais aussi, la folie ou le danger – comme chez Yayoi Kusama, avec cette grande pièce reconstituée, de peinture, de miroirs et de ballons érectiles, intitulée Dots obsession, où elle transforme le rouge et blanc hypnotique de ses pois, en labyrinthe sensoriel intense.
La scénographie se distingue des voies habituelles. Plutôt que de suivre uniquement une chronologie ou un thème précis, les visiteurs sont invités à marcher dans la couleur. Ils avancent dans un parcours labyrinthique où les formes et les contrastes créent des rapprochements inattendus entre les œuvres. On y croise en fonction des pièces définies par leur couleur, Pierre Soulages, Johan Creten, Laurent Pernot, Hesse-Romier, Ben, Alighiero Boetti ou encore Charles Lopez… et autant d’œuvres d’artistes majeurs de l’histoire de l’art que de jeunes artistes régionaux voire méconnus. Le fil conducteur se veut joyeux. Ne rien figer. C’est réussi.
Corinne Amar
