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L’épopĂ©e d’Henri Cernuschi : un temple de l’Asie au Parc Monceau

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Façade du musée Cernuschi entourée d’arbres près du parc Monceau à Paris

L’association Histoire et Patrimoine Paris 17e conviait Ă  une visite contĂ©e captivante, samedi 6 juin. Sous la houlette de son prĂ©sident, Patrick Rollot, les participants Ă  la visite sur « l’histoire des familles de l’est du Parc Monceau » ont pu redĂ©couvrir notamment la trajectoire hors du commun d’Henri Cernuschi. Cet homme fut un visionnaire, capable de convertir un succès financier en un legs culturel impĂ©rissable pour la Ville de Paris.

L’or du Second Empire et le prix des convictions (1848-1870)

L’histoire d’Henri Cernuschi commence par une rupture. NĂ© Ă  Milan en 1821, il devient rapidement orphelin. Le jeune homme s’engage alors dans les luttes politiques italiennes.

Vers 1848, il choisit Paris comme terre d’asile. C’est au cĹ“ur du Second Empire que ce rĂ©publicain convaincu va bâtir sa fortune. En effet, il intègre avec brio les cercles de la haute finance. Il rejoint notamment le CrĂ©dit Immobilier des frères Pereire. Cette machine bancaire finance alors les grands travaux industriels de l’Ă©poque. Les frères Pereire soutiennent aussi les transformations urbaines de NapolĂ©on III.

Dans ce contexte, Cernuschi excelle et accumule les capitaux. Cependant, il ne transige jamais avec ses convictions. Ses opinions républicaines affichées le rendent finalement incompatible avec le régime impérial. Par conséquent, il est expulsé de France.

L’homme retrouve le sol parisien en 1870, juste après la chute de l’Empire. Fidèle Ă  ses engagements, il rĂ©investit une grande part de sa fortune dans les mĂ©dias. Il devient ainsi l’actionnaire principal du journal rĂ©publicain Le Siècle.

Le grand pivot : l’odyssĂ©e asiatique (1871-1873)

En septembre 1871, au lendemain des traumatismes de la guerre franco-prussienne et de la Commune, Henri Cernuschi dĂ©cide de prendre le large. Il s’embarque pour un tour du monde d’un an et demi qui va radicalement changer le cours de son existence. Ce voyage Ă  travers le Japon, la Chine, la Mongolie et l’IndonĂ©sie se mue rapidement en une vĂ©ritable mission de collecte systĂ©matique. Cernuschi n’achète pas en amateur, il accumule Ă  grande Ă©chelle. C’est ainsi qu’il rapporte en Europe un trĂ©sor de près de 5 000 objets d’art, avec une prĂ©dilection marquĂ©e pour les bronzes japonais et chinois. Ă€ cette Ă©poque, une telle collection est totalement inĂ©dite sur le continent. C’est ce trĂ©sor de guerre culturel qui va fonder son grand projet de postĂ©ritĂ©.

L’avenue VĂ©lasquez : un Ă©crin pensĂ© pour le public (1873-1896)

De retour Ă  Paris, la stratĂ©gie de Cernuschi entre dans sa seconde phase : transformer son capital financier en postĂ©ritĂ© culturelle. Rien n’est laissĂ© au hasard. Entre 1873 et 1875, il confie Ă  l’architecte William Bouwens van der Boijen (1834-1907) la construction d’un hĂ´tel particulier situĂ© au 7 avenue VĂ©lasquez, en lisière du parc Monceau. “Ce bâtiment est conçu d’emblĂ©e comme un futur musĂ©e”, explique Patrick Rollot. Tout y est configurĂ© pour mettre en valeur les pièces rapportĂ©es d’Asie. La pièce maĂ®tresse de la demeure reste son immense salle centrale, bâtie expressĂ©ment pour accueillir une pièce monumentale : le Bouddha gĂ©ant de Meguro, une sculpture japonaise en bronze de plus de 4 mètres de haut.

Gustave Moreau, Emile Zola, sont des habitués

Comme l’a rappelĂ© Patrick Rollot lors de son rĂ©cit, les tĂ©moignages de l’Ă©poque dĂ©crivent une atmosphère particulière. Chez Cernuschi, la fonction musĂ©ale Ă©crase totalement la vie intime. “Les invitĂ©s confient souvent s’y sentir comme dans un lieu public tant les Ĺ“uvres s’approprient l’espace.” La collection se visite sur rendez-vous, dès 1875. Et le maĂ®tre des lieux sert volontiers de guide. Cela n’empĂŞchait pas Cernuschi d’y donner des fĂŞtes mĂ©morables. C’est ici mĂŞme que se tint le tout premier bal costumĂ© parisien Ă©clairĂ© Ă  l’Ă©lectricitĂ©. Une innovation spectaculaire qui, sous sa lumière blanche et crue, rĂ©vĂ©lait, au grand dam de certains convives, les visages et les maquillages d’une manière impitoyable !

Un héritage pérenne pour les Parisiens

Henri Cernuschi s’Ă©teint en mai 1896. Homme de conviction jusqu’au bout, il avait orchestrĂ© sa postĂ©ritĂ© dès 1882 en lĂ©guant par testament son hĂ´tel particulier et l’intĂ©gralitĂ© de ses collections Ă  la Ville de Paris. InaugurĂ© en 1898, le MusĂ©e Cernuschi demeure aujourd’hui le phare des arts de l’Asie de la capitale. En respectant l’esprit d’ouverture de son fondateur, l’accès Ă  ses collections permanentes reste entièrement gratuit. Une ultime victoire pour cet exilĂ© milanais qui aura su offrir Ă  sa patrie d’adoption l’un de ses plus beaux joyaux culturels

> Musée Cernuschi

Un grand merci Ă  Patrick Rollot et Ă  l’association Histoire et Patrimoine Paris 17e, membre de la fĂ©dĂ©ration Paris Histoire & Patrimoine – https://paris-histoirepatrimoine.org pour ce voyage dans le temps. De nombreuses visites guidĂ©es et confĂ©rences sont organisĂ©es tout au long de l’annĂ©e, rejoignez l’association !