L’œuvre du plasticien Jean-Pierre Raynaud, installée depuis 1986 au sein de la concession Peugeot Neubauer à Paris 17e, a été entièrement détruite à coups de masse en janvier 2008. Ce sacrifice architectural, né d’un désaccord financier et technique entre le propriétaire des lieux et l’artiste, met fin à une cohabitation de quarante ans.
Un chef-d’œuvre de faïence blanche réduit en miettes
Les salariés du concessionnaire Peugeot Neubauer vont enfin retrouver un accès libre à leurs locaux. Cet après-midi, à 15 heures 20 précises, une équipe de démolisseurs a réduit en poussière une structure imposante. Les ouvriers étaient armés de masses et de marteaux-piqueurs. L’objet de leur intervention n’était pas un simple mur porteur, mais une véritable œuvre d’art contemporain. Le monument détruit portait la signature prestigieuse de Jean-Pierre Raynaud. Cet artiste majeur est notamment le créateur du célèbre Pot doré exposé sur le parvis du Centre Pompidou. La structure parisienne respectait scrupuleusement sa marque de fabrique. Elle se composait exclusivement de carrelage blanc. Cette installation insolite abritait en son centre une authentique céramique issue de fouilles gallo-romaines.
L’histoire d’une passion familiale devenue encombrante
La présence de cet autel contemporain au numéro 11 du boulevard Gouvion-Saint-Cyr découlait d’une histoire de passionnés. Le père de l’actuel dirigeant, Éric Neubauer, avait fait l’acquisition de cette pièce unique en 1986. L’homme d’affaires souhaitait alors soutenir activement la création artistique française. L’œuvre trônait depuis lors au milieu des voitures neuves. Le destin de cette structure a basculé lors des récents travaux de rénovation du bâtiment. L’œuvre monumentale condamnait l’accès principal aux étages et bloquait la mise aux normes de sécurité. Face à l’impossibilité d’aménager l’espace, la direction a tranché pour la manière forte. Un huissier de justice a d’ailleurs supervisé l’intégralité de la démolition pour consigner la disparition totale de l’installation.
Une bataille de devis à 150 000 euros
La direction de la concession affirme avoir tenté de négocier une solution à l’amiable avant d’ordonner le pilonnage. Éric Neubauer avait initialement proposé de déplacer le monument de quelques mètres seulement. Les experts évaluaient alors le coût de ce transfert technique à environ trente mille euros. Jean-Pierre Raynaud a imposé ses propres conditions contractuelles. L’artiste exigeait l’intervention exclusive de ses équipes techniques. Le devis final présenté par le créateur a atteint la somme de 150 000 euros. Ce montant dépassait largement la valeur intrinsèque de l’œuvre. Le commissaire-priseur Maître Trajan estimait effectivement la structure à 100 000 euros. Ce blocage financier a poussé le propriétaire du garage à refuser net la proposition de déplacement.
Une autorisation de destruction envoyée par courriel
Éric Neubauer défend aujourd’hui son choix radical en invoquant une simple question de principe. Le chef d’entreprise déplore toutefois un véritable gâchis culturel. Jean-Pierre Raynaud a finalement capitulé à 14 heures, juste avant l’arrivée des ouvriers. L’artiste a envoyé par courrier électronique une autorisation officielle de destruction. Cette signature de dernière minute met le concessionnaire à l’abri des poursuites judiciaires. La loi française protège normalement l’intégrité des œuvres contre le vandalisme des propriétaires. Le patrimoine culturel parisien perd une pièce secrète que le grand public ignorait. Les débris de carrelage blanc font désormais l’objet d’une surveillance stricte pour éviter le marché noir des reliques artistiques.

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