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Thomas Sertillanges : un musée pour Cyrano de Bergerac ?

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Chez Thomas Sertillanges, la collection n’est pas un hobby mais une trajectoire. « On ne se lève pas un matin en se disant : Je vais devenir collectionneur ». C’est l’inverse : la collection « prend possession de vous », ordonne ses rituels, ses errances, ses veilles nocturnes au rythme des enchères. Rencontre.

Dès l’enfance, Cyrano de Bergerac s’impose comme une présence fondatrice, avant que le collectionneur ne remonte le fil vers le vrai Savinien Cyrano avant d’approfondir sa connaissance de celui qui fait le pont entre les deux, à savoir Edmond Rostand lui-même, figure centrale d’un pan entier du patrimoine littéraire et symbolique français.

Cette passion pour Cyrano de Bergerac s’est progressivement muée en action culturelle. Réhabiliter une tombe à Marseille, restaurer un buste à Luchon, inaugurer une sculpture Place du Général-Catroux dans le 17e arrondissement à Paris, créer un festival, organiser expositions et conférences : Thomas Sertillanges inscrit sa collection dans l’espace public. Il rappelle le rôle majeur d’Edmond Rostand (1868-1918) pendant la Grande Guerre, « le poète national », dont les textes soutiennent le moral des Poilus. La collection de Thomas Sertillanges devient alors un outil de transmission, prolongé par la rédaction d’une biographie et la volonté affirmée de partager ce patrimoine au plus grand nombre.

Cyrano, figure du panache et de la dissidence, traverse les siècles sans se figer. Pour Thomas Sertillanges, sa modernité tient à son universalité : « Cyrano est un perdant magnifique », porteur de valeurs intemporelles : indépendance d’esprit, liberté de ton, fidélité en amitié, amour de l’autre plus fort que soi. La tirade des « Non merci » agit toujours comme un révélateur. On s’y risque.

Cyrano n’est pas une relique : il est une posture, presque une performance morale.

Lorsqu’il s’agit de choisir une pièce emblématique, le collectionneur esquive avec humour : « Mon sang se coagule / En pensant qu’on y peut changer une virgule… ». Il cite pourtant deux œuvres : une statue de Cyrano de 1899 signée Maniroff, dans le costume du premier acte, et l’affiche du 27 décembre 1897 du Théâtre de la Porte Saint-Martin, utilisée un seul jour, celui de la répétition générale. Deux objets rares, à la fois documents et symboles, qui condensent la naissance d’un mythe.

Aujourd’hui, Thomas Sertillanges cherche un lieu capable d’accueillir durablement cette collection, pensée comme un ensemble vivant. À défaut d’ancrage permanent, il se dit ouvert à des expositions itinérantes, en France comme à l’étranger, pour faire circuler l’œuvre et l’esprit d’Edmond Rostand. L’idée d’un festival littéraire dédié à Edmond Rostand s’impose aussi naturellement : un espace de textes, de voix et de scènes, fidèle à Cyrano, où le panache continuerait de se transmettre, hors vitrines et hors poussière.

> La page Facebook de la collection de Thomas Sertillanges