Pendant la Seconde Guerre mondiale, le président Franklin Roosevelt a ordonné à Hollywood de produire un film de propagande pro-soviétique. L’artiste russe Yevgeniy Fiks revisite cette alliance oubliée à travers une série de toiles percutantes.
Une alliance secrète entre Hollywood et la Maison Blanche
À la fin des années 1940, la romancière Ayn Rand affirmait que les enfants russes ne souriaient jamais. Cette idée reçue dominait alors l’esprit du peuple américain. Pourtant, le président Franklin Roosevelt avait bousculé ces préjugés quelques années plus tôt. En 1944, l’urgence de l’alliance contre l’Allemagne nazie imposait une réconciliation provisoire avec Moscou. Le gouvernement américain a donc commandé un film de propagande à la puissance cinématographique de l’époque.
La prestigieuse Metro Goldwyn Mayer a produit ce long-métrage intitulé Song of Russia. Le célèbre acteur Robert Taylor tenait le haut de l’affiche de cette fiction bienveillante. Aujourd’hui, le peintre russe Yevgeniy Fiks redécouvre et détourne ce chef-d’œuvre de manipulation historique. L’artiste expose des toiles en noir et blanc qui reproduisent fidèlement les scènes clés du film. Les petites filles russes tout sourire à l’écran étaient en réalité de jeunes actrices américaines.
Le maccarthisme ou le retournement absurde de l’Histoire
Ce travail artistique met en lumière les contradictions majeures de la politique américaine. En effet, la lune de miel entre les deux superpuissances fut particulièrement brève. Quelques années après cette collaboration, la peur du rouge a balayé les États-Unis. Le maccarthisme a déclenché une immense chasse aux sorcières dans les studios de Los Angeles. La MGM a alors banni les artistes soupçonnés de sympathies communistes sans le moindre scrupule.
Yevgeniy Fiks a posé ses valises à New York en 1990. L’omniprésence de l’anticlavier culturel l’a profondément marqué dès son arrivée. Le peintre constate que son pays natal a rapidement tourné la page de la guerre froide. En revanche, une méfiance archaïque persiste toujours de l’autre côté de l’Atlantique. Ses tableaux dévoilent ainsi une époque oubliée où l’Amérique encensait son futur ennemi juré.
Les provocations politiques d’un artiste engagé
L’exposition de ces peintures s’inscrit dans une démarche créative habituée aux coups d’éclat. Au début des années 1990, le plasticien avait déjà orchestré l’opération conceptuelle Adopt Lenine. Il proposait au public d’adopter quatre-vingt-onze figurines du leader bolchevique. Les acquéreurs devaient simplement signer un engagement de non-revente. Plus tard, il a trompé la vigilance de la poste américaine pour imprimer des timbres officiels à l’effigie de dirigeants communistes.
Actuellement, le trentenaire poursuit son exploration des heures sombres de l’histoire américaine. Sa nouvelle série de portraits cible les membres zélés d’une association de vétérans de la dénonciation. En France, le public peut découvrir le travail engagé de Yevgeniy Fiks grâce à la galerie Blue Square. Cet espace parisien spécialisé dans l’art contemporain russe s’impose comme une adresse incontournable pour les passionnés de géopolitique visuelle.

Malcom Morley est déjà passé par là, ou Gérard Gasiorowski, et en mieux.
Bonjour,
Puisque Ayn Rand en France est peu connue : elle est née en Russie au début du 20eme siècle. Elle a durant ses 20 premières années assisté à la destruction de la liberté individuel par la révolution russe de 1917, elle a vécu ça. Elle le raconte dans son premier roman, ” Nous les vivants “. Quand elle dit : Les enfants russes ne sourient jamais, ce n’est pas juste dire, elle le sait/
Comments are closed.