À Obernai, l’évolution de l’hôtel Yona illustre comment un établissement familial peut opérer une mue architecturale. Le complexe hôtelier quatre étoiles est actuellement dirigé par Maxime Wucher et sa sœur, Marie Wucher. Ensemble, ils ont su transformer une auberge d’après-guerre en une référence de l’hospitalité et du bien-être.
Une résilience historique ancrée dans le territoire alsacien
L’histoire prend sa source en 1954 dans un contexte de reconstruction et de résilience locale. Deux veuves d’après-guerre, la grand-mère et l’arrière-grand-mère de Marie et Maxime Wucher, décident alors d’ouvrir une petite auberge rurale de douze chambres. À cette époque, l’activité se partage entre la restauration traditionnelle et l’exploitation d’une ferme attenante, rythmée par le poulailler et l’abattage mensuel du cochon.
Au-delà de la simple entreprise commerciale, c’est la réputation morale de la grand-mère, figure active de la Résistance ayant caché et sauvé de nombreuses vies pendant la Seconde Guerre mondiale, qui forge les fondations de l’établissement. Le bouche-à-oreille des personnes aidées crée rapidement un réseau de fidélité et une notoriété solide. Cette reconnaissance sociale devient le levier du développement de l’auberge, installant durablement la famille Wucher dans le paysage alsacien.
Le tournant moderniste et l’intuition du bien-être
Durant les décennies 1970 à 1990, une première transformation structurelle s’opère. L’auberge initiale change d’échelle pour devenir un grand hôtel de soixante chambres, doté de deux restaurants et affichant une montée en gamme claire vers les quatre étoiles. C’est le passage vers l’hôtellerie moderne.
C’est également à cette période que les parents font preuve d’une intuition architecturale rare en Alsace en installant un premier espace “wellness” agrémenté de rochers et de palmiers. À une époque où les piscines d’hôtels revêtaient un caractère purement utilitaire et presque hospitalier, cette initiative visionnaire positionne l’établissement comme un précurseur de la détente et sème les graines des futurs développements de la nouvelle génération.
L’ouverture d’une nouvelle génération de bâtisseurs
L’arrivée de Maxime Wucher en 2010 et de sa sœur, Marie Wucher, en 2013 à la tête de l’entreprise marque le début d’un nouveau chapitre. Forts de parcours internationaux riches, le premier ayant exercé durant plusieurs années à Singapour et la seconde, cheffe pâtissière, ayant exploré les codes du luxe à Las Vegas, Tokyo ou Dubaï, la fratrie pose un regard neuf sur le domaine familial.
Ces expériences nourrissent une réflexion approfondie sur les nouvelles attentes en matière d’hospitalité et de design d’expérience. L’enjeu consiste alors à concilier une identité territoriale avec des influences contemporaines. Comme le souligne Maxime Wucher pour résumer cette double culture : « On a conçu de véritables parcours sensoriels et holistiques. L’accent est mis sur une scénographie immersive. »
Un projet technique ambitieux de restructuration globale et d’extension
Trois ans après l’inauguration du spa, la famille Wucher a confié la restructuration au groupe SERUE Ingénierie. Menés graduellement sans aucune fermeture de l’établissement, les travaux ont redéfini entièrement les volumes de l’espace. Le Spa Yonaguni a gagné un étage supplémentaire de 500 mètres carrés pour atteindre une surface de 3000 mètres carrés. Cette expansion volumétrique est mise au service du confort spatial puisque le nombre de chambres reste inchangé.
L’aspect extérieur du bâtiment valorise une architecture bois et des matériaux bruts d’origine alsacienne, tandis qu’un nouvel espace d’accueil impressionne par sa grandeur. Les espaces de restauration sont également réaménagés, à l’image du restaurant signature et du restaurant du spa, dont la capacité passe à une centaine de couverts grâce à l’ajout d’une terrasse. Sur le plan de la performance énergétique, le site profite d’une rénovation thermique globale pour atteindre les critères basse consommation. La mutualisation des productions de chaleur et de froid, combinée à l’installation de panneaux solaires pour la chauffe des bassins, permet à l’hôtel d’anticiper les exigences du Décret tertiaire fixées pour 2040.
Une écriture paysagère où le jardin redevient une œuvre d’art
Cette ambition de lier le sens de la forme à l’identité du lieu trouve son prolongement naturel à l’extérieur, à travers les jardins de l’hôtel Yona qui portent la signature de la paysagiste Agnès Daval. Formée comme plasticienne et designer à l’École supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg, cette historienne de l’art a enrichi son approche pluridisciplinaire en obtenant le diplôme de l’école d’architecture de Versailles. Pour concevoir les extérieurs du Yona Hôtel, elle s’appuie sur une philosophie forte, considérant que la prise en compte du jardin historique comme un patrimoine à conserver est paradoxalement à l’origine du renouveau du jardin contemporain.
Accompagnée de son associé Gabriel Milochau et de son équipe installée à Imbsheim, Agnès Daval a insufflé à l’hôtel Yona une expertise forgée aussi bien dans la restauration de parcs d’époque que dans la création de structures événementielles. Autour de l’établissement, le paysage devient une composition porteuse de sens, pensée pour dialoguer avec la réhabilitation globale des bâtiments.
Yonaguni, un chef-d’œuvre architectural axé sur l’expérience immersive
Cette quête d’harmonie s’est matérialisée dans la création du spa Yonaguni, un projet titanesque qui a nécessité six années de conception, d’études architecturales et de chantiers complexes. Reflet de cette exigence, l’enveloppe financière initialement estimée à sept millions d’euros a finalement atteint douze millions d’euros. Malgré les inquiétudes légitimes de la génération précédente face à de tels montants, la vision d’un espace de bien-être radicalement différenciant est restée le fil conducteur du projet.
La rupture architecturale réside dans le choix de positionner la piscine comme le cœur expérientiel absolu du lieu. Maxime Wucher : « Plutôt que de concentrer l’aménagement sur les cabines de soins de beauté esthétiques classiques, le concept privilégie une approche ludique, immersive et sensorielle inspirée des plus beaux lagons du monde. »
La scénographie de l’eau contre la démesure germanique
Le spa se structure autour d’un labyrinthe aquatique pensé pour susciter la découverte et prolonger le temps de présence des usagers. Les clients ont le choix entre y passer la journée entière (Day Spa) ou une partie de la soirée (Night Spa).
Contre cette logique d’accumulation de saunas et de mètres carrés, l’hôtel Yona oppose une architecture de l’émotion et du ressenti où le corps est invité au voyage. Ce positionnement a permis de rééquilibrer les flux touristiques transfrontaliers, incitant désormais la clientèle allemande à traverser le Rhin pour découvrir ce modèle alsacien renouvelé.
Réhabilitation pour de nouveaux modes de consommation
Cette modernisation amorcée répond aux évolutions des modes de vie observées ces dernières années. La clientèle, devenue majoritairement régionale et de proximité, privilégie désormais des escapades courtes, flexibles et régulières, souvent planifiées en dehors des week-ends traditionnels. Maxime Wucher analyse cette mutation des comportements de sa clientèle : « L’hôtel Yona répond notamment à un besoin de déconnexion flexible. »
Grâce à cette transformation architecturale qui unit l’histoire de la bâtisse, l’audace aquatique et la sensibilité végétale, l’hôtel Yona se configure ainsi comme une destination de ressourcement récurrente et de déconnexion immédiate.
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