Home ARTS & CULTURE EXHIBIT Musée Unterlinden : un pont artistique à Colmar

Musée Unterlinden : un pont artistique à Colmar

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Musée Unterlinden - Exposition Conversation(s) - Mother (1999) de Maurizio Cattelan

Le musée Unterlinden de Colmar défie les codes de la muséographie, avec une exposition intitulée « Conversation(s) ». Une série de télescopages trans-historiques à découvrir du 26 juin au 17 décembre 2026.

L’exposition est portée par Nino Barattini, en charge des collections d’art moderne et contemporain depuis son arrivée au musée en octobre 2025. Pour sa première grande exposition, le conservateur signe un véritable « essai curatoriel ». L’événement suspend la logique du parcours chronologique habituel. Il rassemble l’art médiéval et la création contemporaine dans un même espace, répondant à la conviction profonde de Nino Barattini pour qui « les œuvres s’appellent dans les parcours ». Les pièces dialoguent librement au-delà des siècles. Au-delà des simples correspondances formelles, cette démarche repose sur l’idée d’un télescopage temporel visant à mieux lire, par contraste et rétroaction, à la fois l’œuvre ancienne et l’œuvre contemporaine.

La mort face au miracle : Urbain Hutter & Ron Mueck

L’exposition met en dialogue deux œuvres d’art que tout semble opposer. La première création est une sculpture contemporaine hyperréaliste de Ron Mueck. Elle représente un poulet démesuré, plumé, inerte et mort, suspendu à un crochet de boucher. La seconde œuvre a été réalisée par Urbain Hutter vers 1490. Ce panneau en bois illustre le Miracle des poulets rôtis lié à la légende du « Pendu dépendu » de Saint-Jacques de Compostelle.
Ce rapprochement souligne le contraste entre deux visions du destin. L’œuvre de Ron Mueck impose la vision crue d’une mort implacable. À cette brutalité répond la résurrection miraculeuse de la légende médiévale. Les oiseaux rôtis reprennent vie pour prouver l’innocence d’un pèlerin. Au-delà du choc visuel, ce duo explore les thèmes universels de l’injustice. Il interroge aussi la violence humaine exercée sur le vivant à travers les âges.

Le sacré réactivé par Maurizio Cattelan

Un autre dialogue éloquent explore la persistance de l’iconographie religieuse. La pièce photographique « Mother » de Maurizio Cattelan met en tension les codes catholiques et une performance minimaliste. L’œuvre montre les mains jointes d’un fakir enseveli lors de la Biennale de Venise en 1999. Cette image forte crée un effet de miroir avec un Christ livré à son destin. L’artiste né en Sicile puise ainsi dans un vocabulaire visuel clérical pour forcer une confrontation avec la mort imminente.
L’artiste utilise ce geste pour transformer l’humour corrosif en gravité métaphysique. Cette création de 1999 fait écho à la perte douloureuse de sa propre mère la même année. Le geste apparemment anecdotique de ces mains sous le sable réactive le rituel comme un médium de méditation. Cattelan utilise une véritable stratégie de choc symbolique pour inciter à l’acceptation de la fin inévitable. Le sacré n’est pas parodié mais instrumentalisé. Cette mécanique fracture le rite pour mieux le rendre opérant pour le public actuel.

Au sein de la nef contemporaine réalisée par les architectes Herzog & de Meuron, la circulation demeure ouverte, sans direction imposée. Le visiteur est invité à évoluer librement, à revenir sur ses pas, à multiplier les points de vue et à tisser
ses propres liens entre les œuvres. Les rapprochements s’opèrent alors de manière intuitive, au gré des correspondances formelles, symboliques ou émotionnelles qui émergent au fil de la visite. Car il s’agit d’une série de dialogues ouverts. Il y a, en ce sens, autant de parcours que de regards, et autant d’expériences que de visiteurs.

> https://www.musee-unterlinden.com/expositions/conversations/