Paul Cézanne et Émile Zola ont scellé leur destin à Aix-en-Provence au XIXe siècle. De leur rencontre au collège Bourbon à leur rupture légendaire, leur amitié a façonné l’histoire de la peinture et de la littérature. Entre la montagne Sainte-Victoire et les Carrières de Bibémus, découvrez comment la Provence est devenue le berceau du cubisme et du naturalisme.
La rencontre historique au collège Bourbon
En 1853, Aix-en-Provence est une petite ville de 25 000 habitants. C’est dans cette cité provençale que Paul Cézanne rencontre Émile Zola. Les deux adolescents étudient au collège Bourbon, situé rue Cardinale. À cette époque, le jeune Zola arrive de Paris. Il subit les moqueries de ses camarades. Cézanne, lui-même un peu marginal, décide de le protéger. Une amitié indéfectible naît entre le futur peintre et le futur écrivain.
Une jeunesse arcadienne dans la campagne aixoise
Les deux amis vivent une jeunesse libre et sauvage. Ils explorent les rives de l’Arc et les collines environnantes. Ensemble, ils jouent de la musique et draguent les filles. Ils partagent surtout de grandes ambitions artistiques. Étonnamment, le jeune Cézanne excelle alors en écriture. De son côté, Zola se passionne pour le dessin. “Tu as pris le pinceau, et tu as bien fait”, écrira plus tard Zola. Les deux compères spéculent sur leur gloire future au cœur de leur “Arcadie” provençale.
La montagne Sainte-Victoire : muse absolue de Cézanne
Le paysage aixois est le personnage central de l’œuvre de Cézanne. Le peintre est viscéralement attaché à sa terre natale. Il installe son atelier au domaine familial du Jas-de-Bouffan. De là, il contemple la montagne Sainte-Victoire. Cette pointe de calcaire devient son obsession. Il lui consacre 44 huiles sur toile et 43 aquarelles. Il explore aussi les Carrières de Bibémus. Ce site ocre est aujourd’hui considéré par les experts comme le berceau des formes cubistes.
Des succès divergents entre Paris et la Provence
Leurs trajectoires sociales finissent par s’éloigner. Zola conquiert rapidement Paris avec sa plume. Il devient le maître du naturalisme et de la saga des Rougon-Macquart. À l’inverse, Cézanne reste longtemps un peintre incompris. Jusqu’en 1899, la critique le considère comme un artiste déchu. Il vit retiré dans sa campagne, loin des salons mondains. Pourtant, il devient à la fin de sa vie le “père de l’art moderne”. Les musées s’arrachent ses toiles à l’aube du XXe siècle.
La rupture : le mystère du roman “L’Œuvre”
Leur correspondance épistolaire est riche jusqu’en 1886. Zola raconte Paris et Cézanne décrit sa Provence. Mais la publication du roman L’Œuvre brise ce lien. Dans ce livre, Zola dépeint un peintre raté et suicidaire nommé Claude Lantier. Cézanne se reconnaît dans ce personnage misérable. Il envoie une dernière lettre de remerciement, puis coupe les ponts. Le peintre restera inconsolable à l’annonce de la mort de Zola en 1902.
L’héritage de Cézanne et Zola à Aix-en-Provence
Aujourd’hui, l’impact des deux génies est partout à Aix. L’atelier du Jas-de-Bouffan et les paysages sont restés quasi intacts. Si les pigments de Cézanne sont provençaux, l’encre de Zola l’est tout autant. L’écrivain a souvent transposé sa nostalgie d’Aix dans la ville fictive de Plassans. Pour les passionnés d’art, la campagne aixoise reste le sanctuaire de cette amitié passionnée. C’est ici que l’art moderne a puisé sa force et sa lumière.