On connaît l’icône Pop Art, ses sérigraphies géantes et ses boîtes de soupe. Pourtant, les premières œuvres d’Andy Warhol révèlent un visage bien plus tendre et intime. Retour sur ses dessins dorés des années 1950, où le kitsch flirte avec le grand art. L’exposition “Andy Warhol. La ligne et l’image” se tient au Musée du Luxembourg à Paris, jusqu’au 10 janvier 2027.
Warhol avant Warhol : Un univers délicat et pailleté
Dans les années 1950, Andy Warhol (1928-1987) n’est pas encore le pape du Pop Art. Installé à New York, il travaille comme illustrateur commercial pour des magazines comme Glamour, Vogue et Harper’s Bazaar, ainsi que pour le chausseur I. Miller et le grand magasin Bonwit Teller. Il réalise alors des illustrations à l’encre et au tampon. Ses dessins se parent de feuilles d’or, de dentelles et de paillettes. On y découvre des anges gracieux, des fées frivoles et des motifs festifs. Ce style poétique assume une esthétique kitsch et chaleureuse.
« J’ai commencé comme artiste commercial, et je veux finir comme artiste d’affaires. »
À cette époque, Andy Warhol imagine aussi des ouvrages auto-publiés comme le célèbre A Gold Book. Il expose à la Hugo Gallery et à la Bodley Gallery, avant d’attirer l’attention des galeristes Irving Blum (Ferus Gallery) et Leo Castelli au début des années 1960. Il commence à fréquenter le tout-New York et les artistes de l’avant-garde comme Jasper Johns et Robert Rauschenberg. C’est plus tard, en 1970 à Paris, qu’il réalisera sa toute première commande de portrait sérigraphié pour la collectionneuse Isolas de Saint-Phalle.
Ses créations impactantes ne doivent rien au hasard. Warhol travaille aussi pour de grandes maisons comme Tiffany & Co.. Il comprend très vite le pouvoir visuel du luxe. Ses illustrations font régulièrement la une des magazines les plus prestigieux. À partir de 1965, lors de ses séjours parisiens, il descend à l’Hôtel Crillon et dîne chez Maxim’s. Le succès ne le quittera plus : en 1990, l’exposition Grands Papiers au Musée du Luxembourg attirera plus de 250 000 visiteurs pour admirer ses sérigraphies.
Le parcours s’articule ici autour de cinq sections thématiques : débuts comme illustrateur publicitaire, importance de l’écriture manuscrite, fascination pour les visages et les masques, iconographie gay longtemps restée confidentielle et réflexions sur la mort, devenue une obsession après l’attentat de 1968 qui a failli lui coûter la vie.
Au Musée du Luxembourg, cette exposition Warhol s’adresse davantage aux connaisseurs qu’aux amateurs de grands effets. Une place importante est accordée aux dessins, œuvres moins spectaculaires que les icônes sérigraphiées auxquelles l’artiste est généralement associé, et qui demandent davantage d’attention pour être pleinement appréciées. La scénographie se veut élégante, mais les murs argentés, omniprésents, donnent parfois à l’ensemble une allure un peu cheap qui contraste avec la sophistication attendue autour de Warhol.
Il faut donc y aller en connaissance de cause : cette exposition ne promet ni déluge d’images célèbres ni spectaculaire démonstration pop. Elle propose plutôt un autre regard sur Warhol, plus intime et documentaire, qui intéressera particulièrement ceux qui souhaitent dépasser les œuvres les plus connues de l’artiste. Pour les autres, l’expérience pourra sembler plus inégale. Mais précisément, c’est dans cette approche moins évidente que l’exposition trouve son intérêt.
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