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Musée GwinZegal : l’art de pirater l’état de surveillance

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Depuis 2019, l’ancienne prison de Guingamp en Bretagne abrite le centre d’art GwinZegal. Ce cadre chargé d’histoire carcérale accueille une exposition intitulée “Contrôle + Z”. Jusqu’au 23 février 2020, onze artistes y explorent les frontières de la vie privée à l’ère du numérique. Le titre fait référence au célèbre raccourci clavier permettant d’annuler une erreur sur un ordinateur. Pour Jérôme Sother, commissaire de l’exposition, cette démarche artistique vise à reprendre le pouvoir sur les outils de captation qui nous entourent.

Une résistance artistique face à l’omniprésence des GAFA

Le flux continu de données personnelles alimente aujourd’hui une industrie colossale exploitée par les GAFA. Satellites, drones, webcams et lunettes connectées quadrillent notre quotidien. Face à cette omniprésence, les artistes exposés détournent les technologies de contrôle pour en faire des outils de création. Dès l’entrée, une photographie en noir et blanc datant de 1993 illustre cette résistance par l’ironie. L’artiste Jeff Guess y raconte comment il a délibérément provoqué la police nationale en dépassant les limitations de vitesse avec sa fiancée. Le radar automatique est ainsi devenu, malgré lui, le photographe officiel de leur mariage.

De l’esthétique guerrière à l’analyse algorithmique

Le parcours se poursuit avec des œuvres qui interrogent la vision technologique et militaire. L’artiste allemand Thomas Ruff présente des clichés saturés de vert, évoquant les filtres thermiques utilisés durant la guerre en Irak. Cette esthétique de la surveillance se prolonge derrière les lourdes portes du pénitencier breton. Julien Prévieux y expose des dessins dérobés dans le secret des bureaux de Google, tandis qu’Esther Hovers analyse les dérives de l’intelligence artificielle. Ses vidéos montrent comment les algorithmes de vidéosurveillance tentent d’identifier des comportements suspects dans l’espace public.

La déshumanisation par la reconnaissance faciale

L’exposition se clôt sur une note plus troublante avec le travail du duo Broomberg & Chanarin. Leurs portraits découpés transforment les captures de reconnaissance faciale en masques inquiétants. En réduisant le faciès humain à de simples coordonnées mathématiques, ils dénoncent la déshumanisation par la data. “Contrôle + Z” réussit le pari de transformer une ancienne prison en un laboratoire de réflexion sur notre propre liberté numérique. C’est une invitation pressante à observer ceux qui nous observent, avant que le clic ne devienne irréversible.