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Triennale ADIAF : Histoires sensibles des collections privées

Le MAC de Marseille s’impose comme l’épicentre de la création contemporaine jusqu’au 20 septembre. Plus de 130 œuvres issues de 77 collections privées sont à découvrir au Musée d’art contemporain. La cité phocéenne accueille « La vie climatique. Histoires sensibles des collections privées », une exposition ambitieuse co-organisée avec l’ADIAF, l’Association pour la diffusion internationale de l’art français.

La 8e édition de la triennale de l’ADIAF est placée sous la direction de l’historienne de l’art Monica Bianca . Elle est portée par le commissariat de Sandra Delacourt et Stéphanie Airaud. Une question frontale traverse le parcours : comment habiter un monde déréglé ?

Le pouls de la scène artistique française

Dans les premières travées, les œuvres interrogent les dispositifs de conservation, à l’image des gestes de Béatrice Balcou. Cette réflexion sur le vivant se prolonge dans une exploration des relations humaines, où le climat devient social. Mercedes Azpilicueta illustre parfaitement cette dynamique avec sa tapisserie au point Jacquard La Monja Alférez pasa… (2021). Elle y réinvente l’art textile pour tisser une « cosmographie fantastique ». Les récits historiques et les stéréotypes de genre traversent les âges. Cette approche fait écho aux toiles de Duncan Wylie, notamment avec le tableau Crossroads (2023). Le peintre capture des silhouettes en équilibre sur des rails. Ces « funambules » incarnent la fragilité des trajectoires humaines au sein d’un environnement menaçant.

Au-delà de l’évidence purement physique du climat

Cristina Garrido, avec Local Color Is a Foreign Invention (2020), fragmente des ciels issus de la peinture occidentale. Elle souligne ainsi la standardisation du regard : le « beau temps » y apparaît comme une norme imposée par l’histoire de l’art. Cette déconstruction est également au cœur de la démarche de Roméo Mivekannin. Dans son œuvre D’après Caravage, jeune homme mordu par un lézard (2022), il se réapproprie des images iconiques en substituant sa propre figure noire aux personnages originaux. Il détourne ainsi des représentations historiquement chargées pour interroger l’héritage colonial.

Dépasser les hiérarchies

Marseille, ville-port traversée par les flux, sert de laboratoire idéal à cette sélection issue de 77 collections privées. Si l’abondance des 130 œuvres peut parfois saturer le regard, la ligne directrice reste claire : relier sans cesse climat et autorité. Cette volonté de bousculer les ordres établis se retrouve notamment chez Gilles Barbier avec son œuvre King’s Head (2008). En présentant une tête royale déchue, tournoyante et surmontée d’une cascade d’entonnoirs, Barbier dégonfle avec ironie les prétentions artistiques  et les hiérarchies esthétiques. Cette dérisoire royauté rappelle que face au dérèglement global, nos structures de domination sont bien mises à l’épreuve.

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