En 1972, Madeleine de Sinéty pose ses valises à Poilley, un petit village breton situé au nord de Rennes. Pendant dix ans, cette photographe saisit au quotidien les gestes et les traditions d’un monde rural en pleine mutation. Plus de 50 000 clichés témoignent de cette immersion au cœur d’une France aujourd’hui disparue. Avec le documentaire Le Village de Madeleine (Les Films du poisson), la cinéaste Julie Bertuccelli part sur les traces de cette artiste singulière et de son regard profondément humain. Un hommage formidable à découvrir en replay sur France.tv jusqu’au 14 décembre 2028.
Madeleine de Sinéty, une photographe au plus près de ses sujets
Née dans un château du Val de Loire, détruit par un incendie lorsqu’elle avait 14 ans, Madeleine de Sinéty (1934-2011) commence sa carrière artistique à Paris au milieu des années 1960 comme dessinatrice de mode pour des magazines. Après des études à l’École des arts décoratifs, elle se tourne vers la photographie et apprend le métier en autodidacte. Elle réalise ses premières images dans le quartier de la gare Montparnasse, puis photographie les rues de New York. Les Etats-Unis seront en effet sa seconde patrie. Son approche repose sur la proximité avec ses sujets. Elle noue des amitiés, partage le quotidien des ouvriers et documente leur environnement avec une grande sensibilité. Cette démarche personnelle accompagne toute son œuvre, construite à l’écart des commandes et des circuits traditionnels de publication.
Dix ans de photographies au cœur d’un village breton
En 1972, Madeleine de Sinéty s’installe à Poilley, en Ille-et-Vilaine. Pendant une dizaine d’années, elle photographie la vie des habitants : les travaux agricoles, les chevaux qui tirent les charrettes, les vaches que les agricultrices traient à la main et les bals populaires où se retrouvent toutes les générations. Son objectif saisit les gestes et les relations humaines d’une communauté rurale confrontée à la dureté de la vie. Elle réalise plus de 50 000 photographies au fil de cette immersion. Dans Le Village de Madeleine, la cinéaste Julie Bertuccelli revient sur cette aventure humaine et artistique. En partant sur les traces de la photographe, elle rencontre les enfants et petits-enfants qui ont connue Madeleine. Elle cherche à comprendre ce qui rend ces images si bouleversantes et pourquoi elles continuent de nous toucher. Le film restitue les couleurs d’une France aujourd’hui disparue.
Une première grande rétrospective au Jeu de Paume
Longtemps restée confidentielle, l’œuvre de Madeleine de Sinéty a été peu montrée de son vivant. Seule une partie de ses photographies en noir et blanc avait été présentée, notamment à la Bibliothèque nationale de France en 1996 et au Portland Museum of Art, dans le Maine, en 2011. L’exposition « Madeleine de Sinéty, une vie », organisée au Jeu de Paume du 12 juin au 27 septembre 2026, a constitué la première rétrospective consacrée à la photographe. Elle y dévoilait plusieurs séries inédites et retraçait un parcours étroitement lié à son existence, entre la France et les États-Unis. Après Poilley, Madeleine de Sinéty s’installe à Rangeley, dans le Maine, où elle vit les 25 dernières années de sa vie. Elle continue d’y photographier son entourage, les communautés qui l’accueillent et le rythme des saisons. Des extraits de son journal intime venaient également dialoguer avec les images dans cette exposition qui a révélé toute la richesse d’une œuvre consacrée à la mémoire du quotidien.