À l’invitation de la Maison des Artistes, les portes du 121 boulevard Haussmann se sont ouvertes pour quelques privilégiés dans le cadre de la Semaine de l’art 2026. Au cœur des salons feutrés de la banque Neuflize OBC, loin du tumulte parisien, les photographies côtoient le quotidien des collaborateurs avec une discrétion presque complice. La visite, guidée par la voix passionnée de Caroline Stein, directrice du mécénat, prend vite les allures d’un itinéraire intime.
Née en 1997 et riche de plus d’un millier d’œuvres, cette Collection de la fondation d’entreprise Neuflize OBC pour les arts visuels explore sans relâche la figure humaine, l’identité et les empreintes du temps. Caroline Stein, qui en veille sur la mémoire et les acquisitions depuis près de trente ans, dévoile les gestes de fabrication, tout en rappelant la dimension collective du projet : « Les collaborateurs de la banque participent activement au processus de présélection des œuvres pour les intégrer à la dynamique de la collection », précise t-elle. C’est au cinquième étage, refuge des acquisitions récentes, que le parcours prend toute sa dimension plastique.
Dans les œuvres de Sophie Zénon, la botanique se mêle à la cartographie pour raviver la mémoire coloniale. Ses séries Caraïbes 1 et Caraïbes 2, acquises auprès de la galerie Photo 12, superposent d’étranges cyanotypes sur verre à la géométrie rigide de cartes marines d’autrefois. Les herbiers imaginaires croisent les anciennes routes de mer, et le grand voyage des plantes fait écho aux migrations forcées des hommes. Le paysage s’éveille alors comme une archive vivante, sillonnée par les fantômes de l’Histoire.
Dans une autre salle, le Japonais Hideyuki Ishibashi ravive l’histoire d’une manufacture japonaise réquisitionnée durant la Seconde Guerre mondiale pour produire des grenades en céramique. « Pour composer ses tirages à la gomme arabique, l’artiste mélange à ses pigments la poudre même qui servait à façonner ces armes », explique Caroline Stein. Cette matière minérale altère la densité des noirs et infuse le souvenir de l’industrie militaire directement dans la chimie du tirage.
En réunissant ces démarches variées, la Collection de la fondation d’entreprise Neuflize OBC pour les arts visuels transforme ainsi l’acte photographique en un territoire de sédimentation. Les empreintes végétales de Sophie Zénon révèlent les stratifications du monde ; la poudre d’Hideyuki Ishibashi porte la gravité de la guerre ; ou encore la pénombre captée par Gábor Ősz retient la traversée des heures. Chaque œuvre garde ainsi en elle le souffle de sa propre naissance. Ces trésors ne restent pas figés entre les murs de la banque privée. A l’occasion du bicentenaire de la photographie, l’exposition La photographie en toutes lettres à la Maison Européenne de la Photographie, de juin à septembre 2026, a notamment été conçue en étroite collaboration avec la Collection.