Le Centre Pénitentiaire Sud Francilien de Réau (Seine-et-Marne), propose une initiative culturelle intitulée « La femme, un regard différent ». Cette exposition est le fruit de plus d’un an et demi de travail de co-construction. Elle réunit les efforts de personnes détenues et de l’institution Paris Musées. Cette manifestation transforme l’univers carcéral en un véritable lieu de réflexion artistique. Elle met en lumière la figure féminine à travers plus de 80 œuvres originales. Du 10 décembre 2019 au 8 mars 2020.
Une collaboration prestigieuse entre détenus et conservateurs
L’entrée de l’exposition est marquée par une affiche choc de Gérard Paris-Clavel qui interroge : « Qui a peur de la femme ? ». Pour ce projet, un groupe d’une dizaine de détenus, hommes et femmes, a endossé le rôle de commissaires d’exposition. Ils ont travaillé sous la direction scientifique de Vincent Gille, conservateur à la Maison de Victor Hugo, et de Jérôme Godeau, chargé de mission au musée Bourdelle. Cette initiative s’inscrit dans un programme d’actions culturelles débuté par Paris Musées en 2013. Ce partenariat avait déjà permis la réalisation d’une exposition sur « Les Misérables » en 2016 au sein de ce même établissement.
La célébration de la figure féminine au cœur du projet
Le thème de la femme a été démocratiquement choisi par un vote de l’ensemble de la détention. L’exposition rassemble des pièces prestigieuses issues des collections de la Ville de Paris, notamment du Petit Palais, du musée d’Art Moderne et du musée Carnavalet. On y trouve également des prêts exceptionnels du musée du Quai Branly et du musée Picasso. Le parcours muséographique s’articule autour de trois sections distinctes qui explorent la condition féminine sous des angles historiques et symboliques.
Entre maternité ancestrale et luttes politiques majeures
La première section, intitulée « Les déesses et les mères », explore l’imaginaire lié à la fécondité et aux liens avec la nature. Des terres cuites antiques du Petit Palais y côtoient un ensemble majeur de pièces africaines et canaques. On y voit des masques de sociétés féminines Yoruba. Le parcours se poursuit sur le terrain de l’égalité politique et sociale. Les visiteurs y découvrent les combats de figures emblématiques telles qu’Olympe de Gouges, Louise Michel, Colette ou Simone Veil. Des affiches des années 1970 et des photographies de Janine Niepce témoignent de l’évolution de la place des femmes dans la société.
La complexité des relations humaines et du désir
La troisième salle questionne les rapports hommes-femmes avec une profondeur sans concession. À travers des œuvres de Zadkine ou Bourdelle, le parcours évoque les mythes d’Apollon et Daphné ou de Diane et Actéon. Des gravures de Picasso et Zadkine sont utilisées pour illustrer le caractère parfois prédateur du désir masculin. En parallèle, des reproductions de pochoirs de l’artiste Miss.Tic apportent un point de vue féminin moderne sur l’amour. Ces œuvres font directement écho aux luttes contemporaines contre les violences faites aux femmes.
Un véritable travail de médiation pour la réinsertion
Les commissaires détenus ont accompli l’intégralité des missions muséales. La sélection des œuvres, élaboration du parcours et rédaction des livrets de visite. Ils assurent également la médiation culturelle pour les visiteurs. Cela inclut le personnel pénitentiaire et les familles des détenus. Ce projet, soutenu par la DISP et le SPIP 77, démontre que l’accès à la culture est un droit fondamental. Pour Paris Musées, ces actions en milieu carcéral sont essentielles pour favoriser la réinsertion et créer des espaces de dialogue par l’éveil à la critique.