Portrait de la galeriste Claudine Papillon - 4 juillet 2026
Rien n’est laissé au hasard dans cet accrochage lumineux, où près de trente artistes composent un parcours cohérent et profondément personnel. Au milieu des visiteurs venus partager ce moment, Claudine Papillon pose avec un sourire devant une œuvre d’Hreinn Fridfinnsson, l’un des artistes qui ont marqué son parcours de galeriste. L’image résume à elle seule l’esprit de « Mes années 80 », présentée du 4 juillet au 26 septembre 2026 : une exposition où l’art se nourrit avant tout de fidélité, d’amitié et de liberté.
Claudine Papillon devant l’oeuvre de Hreinn Fridfinnsson, “Geometric Composition With a Helping Hand” (1990)
La rencontre avec Hreinn Fridfinnsson
La présence d’Hreinn Fridfinnsson occupe une place singulière à l’étage. Claudine Papillon découvre l’artiste islandais en 1977 lors d’une exposition au Centre Pompidou consacrée à quatre jeunes créateurs venus d’Islande : Ben Sveinsson, Hreinn Fridfinnsson, Kristjan Gudmundsson et Sigurdur Gudmundsson. Photographies, textes et expérimentations conceptuelles composent alors un univers inédit qui la marque durablement. « Fridfinnsson est un artiste islandais qui est mort en 2024, mais avec lequel j’ai collaboré pendant 40 ans environ et qui a commencé avec la photographie et des textes », confie-t-elle. Ces artistes partageaient une même attention portée à la nature, aux gestes les plus simples et aux mystères du quotidien. Leur humour discret détournait les grandes questions philosophiques pour mieux révéler une poésie universelle.
Raphaëlle Péria, “Des lumières qui rendent aveugle” (2024) – grattage sur photographie
Un accrochage construit comme une conversation
L’exposition « Mes années 80 » restitue parfaitement l’identité de la galerie. Les œuvres se répondent avec délicatesse dans un parcours où les matières, les formes et les idées créent un dialogue permanent. Une étagère en plâtre de Grégoire Bergeret rappelle naturellement certaines œuvres emblématiques de Fridfinnsson. On ne peut rien y poser de lourd car trop fragile. « Et ça, c’est très proche de Fridfinnsson, par exemple, dans l’esprit de la galerie, parce que Hreinn, il avait fait des étagères pour la poussière, des étagères pour la lumière », explique Claudine Papillon. Cette proximité entre les artistes donne à l’ensemble une impression d’évidence. Rien n’est démonstratif ; chaque pièce trouve son équilibre avec les autres dans une atmosphère conviviale où les visiteurs prennent le temps d’échanger et de redécouvrir des œuvres parfois historiques.
Le souvenir toujours vivant d’Erik Dietman
L’exposition est également traversée par la mémoire d’Erik Dietman, compagnon de vie de Claudine Papillon et figure majeure de l’histoire de la galerie. Leur rencontre marque un tournant décisif. En 1978, leur relation prend une dimension à la fois intime et professionnelle. Ils choisissent de construire une vie commune, partageant pendant plus de vingt ans un quotidien fait de création et de projets. Leur complicité dépasse largement le cadre privé. Claudine Papillon accompagne le travail d’Erik Dietman avec une attention constante. Au cœur du parcours, la monumentale sculpture Éloge de l’envie (1995-2000), réalisée en bronze et enrichie de corbeaux naturalisés, s’impose par sa puissance plastique et son humour teinté de gravité. Plusieurs dessins d’Erik Dietman en prolongent l’évocation, révélant la liberté de son trait et la poésie décalée. Deux photographies dédicacées par Sigmar Polke à Erik témoignent également des amitiés profondes qui unissaient ces deux artistes.
Richard Fauguet, “Sans titre” (2021) – Plâtre, coquilles d’huîtres, plastiline
Une exposition guidée par les coups de cœur
Pour réunir cet ensemble, Claudine Papillon s’est laissée guider par ses affinités artistiques et humaines. Aux côtés des artistes représentés par la galerie figurent plusieurs invités prêtés par des confrères parisiens, parmi lesquels Gilles Barbier, Mathieu Mercier ou Pierre Ardouvin. Le triptyque de Richard Fauguet composé de coquilles d’huîtres illustre parfaitement cet esprit de liberté qui traverse tout le parcours. « Ce sont vraiment des pièces que j’aime tout particulièrement. Et après, il n’y a pas que celles-là, il fallait choisir aussi », reconnaît-elle. Au fil des salles, l’exposition révèle une collection de rencontres autant qu’une sélection d’œuvres. Chaque création raconte une complicité ou une aventure artistique partagée.
En définitive, l’exposition « Mes années 80 » à la Galerie Papillon va bien au-delà d’un simple retour en images. Plus qu’un clin d’œil à une décennie devenue mythique ou qu’une célébration des 80 ans de Claudine Papillon, elle dessine le portrait sensible d’une galeriste qui, depuis l’ouverture de son premier espace en 1989, place les artistes et les relations humaines au cœur de son engagement. Dans l’atmosphère chaleureuse de la rue Chapon, portée par plus de quarante ans de passion, de fidélité et de complicités artistiques, la Galerie Papillon démontre qu’elle n’a rien perdu de son audace. Fidèle à son esprit pionnier, elle continue d’écrire son histoire et laisse entrevoir de très belles perspectives pour les années à venir.
Mes années 80 par Claudine Papillon : Pierre Ardouvin, Gilles Barbier, Berdaguer&Péjus, Grégoire Bergeret, Cathryn Boch, Anne Brégeaut, Gaëlle Chotard, Michele Ciacciofera, Céline Cléron, Erik Dietman, Richard Fauguet, Luka Fineisen, Hreinn Fridfinnsson, Joël Kermarrec, Mehdi-Georges Lahlou, Charles Le Hyaric, Frédérique Loutz, Mathieu Mercier, Javier Pérez, Raphaëlle Peria, Sigmar Polke, Dieter Roth, JC Ruggirello, Elsa Sahal, Linda Sanchez, Didier Trénet, Sabrina Vitali, VOID.