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vendredi 23 octobre 2026
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Dans les coulisses de la Collection Neuflize OBC pour les arts visuels

Gabor Ősz; "Permanent Daylight" (2004). La prise de vue s’étend sur trois nuits, de 17 h 30 à 8 h. Le paysage se compose au gré des variations lumineuses. Collection Neuflize OBC

À l’invitation de la Maison des Artistes, les portes du 121 boulevard Haussmann se sont ouvertes pour quelques privilégiés dans le cadre de la Semaine de l’art 2026. Au cœur des salons feutrés de la banque Neuflize OBC, loin du tumulte parisien, les photographies côtoient le quotidien des collaborateurs avec une discrétion presque complice. La visite, guidée par la voix passionnée de Caroline Stein, directrice du mécénat, prend vite les allures d’un itinéraire intime.

Née en 1997 et riche de plus d’un millier d’œuvres, cette Collection de la fondation d’entreprise Neuflize OBC pour les arts visuels explore sans relâche la figure humaine, l’identité et les empreintes du temps. Caroline Stein, qui en veille sur la mémoire et les acquisitions depuis près de trente ans, dévoile les gestes de fabrication, tout en rappelant la dimension collective du projet : « Les collaborateurs de la banque participent activement au processus de présélection des œuvres pour les intégrer à la dynamique de la collection », précise t-elle. C’est au cinquième étage, refuge des acquisitions récentes, que le parcours prend toute sa dimension plastique.

ur ses photographies, les interventions au fil d’or ou d’argent réalisées par la Maître d’Art Sylvie Deschamps, brodeuse au fil d’or, participent à une forme de débanalisation de la plante.
Sur les photos de Sophie Zénon les interventions au fil d’or ou d’argent réalisées par la Maître d’Art Sylvie Deschamps, brodeuse au fil d’or, participent à une forme de débanalisation de la plante.

Dans les œuvres de Sophie Zénon, la botanique se mêle à la cartographie pour raviver la mémoire coloniale. Ses séries Caraïbes 1 et Caraïbes 2, acquises auprès de la galerie Photo 12, superposent d’étranges cyanotypes sur verre à la géométrie rigide de cartes marines d’autrefois. Les herbiers imaginaires croisent les anciennes routes de mer, et le grand voyage des plantes fait écho aux migrations forcées des hommes. Le paysage s’éveille alors comme une archive vivante, sillonnée par les fantômes de l’Histoire.

Dans une autre salle, le Japonais Hideyuki Ishibashi ravive l’histoire d’une manufacture japonaise réquisitionnée durant la Seconde Guerre mondiale pour produire des grenades en céramique. « Pour composer ses tirages à la gomme arabique, l’artiste mélange à ses pigments la poudre même qui servait à façonner ces armes », explique Caroline Stein. Cette matière minérale altère la densité des noirs et infuse le souvenir de l’industrie militaire directement dans la chimie du tirage.

Plus loin, Gábor Ősz, quant à lui, étire la photographie jusqu’aux limites du silence. Avec Permanent Daylight (2004), l’artiste transforme une caravane aveugle en un vaste sténopé ambulant. Du papier Cibachrome tapisse l’obscurité du lieu, prêt à boire le paysage extérieur par un simple trou d’aiguille. Durant trois nuits consécutives, de 17 h 30 à 8 h du matin, la lumière infuse lentement la surface sensible. L’image ne fige plus un instant volé : elle se thésaurise avec lenteur.
Patrick Tosani, « cdd XXII » (1996) Collection Neuflize OBC © Patrick Tosani

En réunissant ces démarches variées, la Collection de la fondation d’entreprise Neuflize OBC pour les arts visuels transforme ainsi l’acte photographique en un territoire de sédimentation. Les empreintes végétales de Sophie Zénon révèlent les stratifications du monde ; la poudre d’Hideyuki Ishibashi porte la gravité de la guerre ; ou encore la pénombre captée par Gábor Ősz retient la traversée des heures. Chaque œuvre garde ainsi en elle le souffle de sa propre naissance. Ces trésors ne restent pas figés entre les murs de la banque privée. A l’occasion du bicentenaire de la photographie, l’exposition La photographie en toutes lettres à la Maison Européenne de la Photographie, de juin à septembre 2026, a notamment été conçue en étroite collaboration avec la Collection.

En arpentant les bureaux du 121 boulevard Haussmann, on voit combien ces photographies accompagnent le quotidien sans jamais s’imposer. Elles patientent dans la pénombre d’un couloir, surprennent le regard au détour d’un palier d’escalier, et offrent à qui sait s’arrêter une échappée poétique. À l’initiative de la Maison des Artistes, cette traversée privée aura offert le précieux témoignage d’une Collection patiemment tissée au fil des décennies.
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