Dans Le Circuit ordinaire, Jean-Claude Carrière signe une pièce de théâtre d’une redoutable intelligence, où la tension s’installe jusqu’à un retournement de situation amené avec subtilité. À ne pas manquer dans le cadre du Festival Off Avignon, du 3 au 25 juillet 2026.
Écrite en 2002, cette pièce de Jean-Claude Carrière (1931-2021) résonne avec une étonnante actualité. Écrivain, dramaturge et scénariste parmi les plus importants du XXe siècle, il a collaboré pendant quatorze ans avec Luis Buñuel et travaillé avec Milos Forman ou Peter Brook. Il a reçu de nombreuses distinctions, dont un Oscar d’honneur en 2015 pour l’ensemble de sa carrière.
Le contexte : dans un bar ordinaire, un commissaire convoque un rapporteur. Une serveuse silencieuse observe. Tout semble simple. Pourtant, derrière les mots échangés se cache une mécanique bien plus complexe, où chacun avance masqué et où la vérité se dérobe jusqu’aux dernières minutes.

Mais la réussite du spectacle repose avant tout sur ses interprètes.
Yann Collette livre un Rapporteur inquiétant. Son personnage revendique être un « professionnel de la délation ». Il parle de son activité avec une forme de détachement presque amusé, comme s’il décrivait un artisanat exigeant. Il faut, explique-t-il, « avoir le sens du timing », savoir attendre le moment opportun, « faire tomber comme un fruit mûr ». Cette froideur méthodique provoque autant le malaise que le sourire.
Face à lui, Stéphane Bierry compose un Commissaire d’une grande précision. Son jeu, tout en retenue, laisse progressivement apparaître les failles d’un homme qui croyait maîtriser la situation. Entre les deux acteurs, la confrontation est d’une grande intensité. Les regards comptent autant que les répliques et les silences deviennent de véritables armes dramatiques.
Prisca Lona, dans le rôle muet de la Serveuse, impose quant à elle une présence troublante. Sans un mot, elle observe, accompagne ou perturbe les échanges. Son personnage agit comme une conscience silencieuse, une énigme qui plane sur toute la représentation.
Jean-Claude Carrière aborde ici la délation sans manichéisme. Il montre combien elle peut s’inscrire dans l’ordinaire des relations humaines, portée par l’opportunisme, la peur ou le désir de reconnaissance. Son écriture est fine, parfois cruelle, souvent drôle. On sourit de voir ce délateur parler de sa mission avec le professionnalisme d’un exécutant consciencieux, avant de réaliser que derrière lui se profile une figure universelle : celle de Juda.

Informations pratiques
LE CIRCUIT ORDINAIRE
Du 3 au 25 juillet – relâche les 8, 15, 22 juillet
A 13h35 durée 1h15
THÉÂTRE DU GIRASOLE : 24 bis, rue Guillaume Puy 84000 Avignon
Tout public à partir de 12 ans