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Palais idéal : La Marquise de Sévigné et Ferdinand Cheval en dialogue

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Et si l’architecture, la littérature et la peinture partageaient un même territoire : celui de l’imaginaire ? C’est la gageure de l’artiste Juliana Dorso avec son exposition, présentée au Palais idéal du Facteur Cheval, à Hauterives, dans la Drôme, jusqu’au 18 avril 2027.

Intitulée « 140 ans et un jour », l’exposition fait se rencontrer deux figures pour le moins éloignées l’une de l’autre, et dont 140 et 1 jours séparent la mort de l’une de la naissance de l’autre : la marquise de Sévigné meurt le 18 avril 1696, quand Ferdinand Cheval naît le 19 avril 1836 ; la première observa le monde en l’écrivant, le second éleva le sien à force de pierres, mais habités tous les deux par une même obstination créatrice. Quinze peintures de Juliana Dorso composent cette rencontre, comme autant de correspondances entre l’écriture et la texture, l’histoire et l’imaginaire.

Poétique de la structure : Transpositions entre texte, espace et image

Au Palais idéal du Facteur Cheval, Juliana Dorso imagine ce rendez-vous improbable : Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696), Marquise de Sévigné, a fait de la correspondance un art de vivre, transformant l’absence en présence, car c’est surtout par les lettres adressées à sa fille partie de Paris – Françoise de Sévigné, comtesse de Grignan – que son génie littéraire s’est révélé. Des lettres qui ont traversé les siècles, puisqu’on fête aujourd’hui, en 2026, et notamment à Grignan (Drôme), chez sa fille, où elle a souvent séjourné – non loin de Hauterives – les quatre cents ans de sa naissance.

Fils de paysans, autodidacte devenu facteur rural, Ferdinand Cheval (1836-1924) lui, consacra trente-trois années de sa vie à collecter des pierres sur son chemin quotidien de montagne drômoise, pour faire surgir de son imagination seule, un immense palais de pierres. L’une laissait une œuvre écrite, l’autre, une œuvre de pierre. Tous deux pourtant, semblent avoir répondu à une nécessité intérieure : donner corps à ce qui les habitait.

La narration graphique de Juliana Dorso

C’est dans cet espace de résonance – une conversation imaginaire où les époques ne sont plus des frontières – que Juliana Dorso inscrit son travail, y intégrant la peinture, la couleur, le dessin, la narration graphique. Née en 1990 et formée à la philosophie contemporaine et passée par la prestigieuse Central Saint Martin, l’université des Arts et du Design de Londres, passionnée de Haute Couture, elle ne limite pas à l’image. Elle l’ouvre au récit, à la mémoire, aux traces. Les références à la peinture d’histoire du XVIIe siècle égrènent son travail où la recherche documentaire côtoie l’invention. Les paysages, les figures et les inscriptions participent à une narration picturale. Habiter un monde, lui donner une forme qui déborde les limites du réel, voilà ce qui l’anime.

L’artiste s’est plongée dans l’univers de Madame de Sévigné, dans sa correspondance comme dans les paysages de Grignan. Elle a parcouru les lieux, libre dans son van voyageur, observé ce qui demeure, cherché dans les traces du passé de quoi nourrir sa création, choisir ses mots. Elle convoque d’autres présences amies, d’autres figures réelles, contemporaines ; Marie Darrieussecq, marraine de l’exposition, Céline Sciamma, Anne F. Garréta, Laure Murat….Malicieuse, elle fait même figurer Frédéric Legros, commissaire de l’exposition, en conversation avec elle, dans un tableau.

« 29 ans je suis resté facteur rural, ma gloire et l’honneur mon seul bonheur », Mémoires

À Hauterives, Ferdinand Cheval a laissé une œuvre qui échappe à toute catégorie connue. Facteur rural, il parcourait chaque jour plus de 40 kms à pied sur un terrain accidenté, où l’hiver était rude, tout autour de Hauterives. En avril 1879 – il a 43 ans -, il butte sur une pierre si étrange, si plaisante, qu’il la ramasse, comme il ramassera au fil de ses tournées toutes les pierres qui, peu à peu, allaient devenir les fragments d’un palais absolument fou auquel il va consacrer 33 ans de sa vie, pour le bâtir. Autodidacte sans formation architecturale, animé d’une détermination hors du commun, il édifia seul accompagné de sa brouette, un monument à la mesure de son imaginaire : un Palais idéal, orné de géants, de fées, de figures mythologiques, de 12 mètres de haut et 26 mètres de long. Il inscrira sur sa façade nord achevée en 1912 : « travail d’un seul homme ».

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