Home ARTS & CULTURE EXHIBIT Porquerolles à l’heure Pop : la vague solaire de la Fondation Carmignac

Porquerolles à l’heure Pop : la vague solaire de la Fondation Carmignac

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Olafur Eliasson, A day of changing perspectives (2024)

La Villa Carmignac transforme Porquerolles en territoire Pop jusqu’au 1er novembre 2026. Avec Sea, Pop & Sun, la Fondation Carmignac réunit plus de 80 œuvres pour revisiter l’énergie, les fantasmes et les contradictions des années 1960-1970. Sous le commissariat de Dieter Buchhart et Anna Karina Hofbauer, le parcours fait dialoguer les grandes figures du Pop Art avec des artistes contemporains tels qu’Olafur Eliasson, Tschabalala Self, ou Théo Mercier.

Un Pop art solaire, sensuel et méditerranéen

Le titre de l’exposition, inspiré du célèbre Sea, Sex and Sun de Serge Gainsbourg, donne immédiatement le ton. Ici, le Pop Art quitte ses décors urbains et ses vitrines commerciales pour gagner les rivages méditerranéens. Sur l’île de Porquerolles, la mer, le soleil et le corps deviennent les nouveaux objets de fascination. Les artistes des années 1960 et 1970 captent une société en pleine mutation : développement des loisirs et montée en puissance de la culture de masse. Le paysage balnéaire incarne un idéal de liberté, de plaisir et d’évasion.

À l’entrée de l’exposition, le Sunset d’Andy Warhol, réalisé en 1972, condense à lui seul cette fascination pour le soleil et l’image. Face à lui, le lever du soleil de Roy Lichtenstein, les corps d’Evelyne Axell ou les scènes de plage et de piscine composent une mythologie estivale. Mais derrière cette euphorie chromatique se dessine déjà une question essentielle : que reste-t-il de ce paradis lorsque le rêve de loisirs et de consommation devient lui-même un modèle saturé ?

Olafur Eliasson : quand la lumière devient matière

C’est précisément à cet endroit que la présence d’Olafur Eliasson prend toute son importance. Avec A day of changing perspectives (2024), l’artiste danois introduit dans le parcours une approche radicalement différente de la lumière. Réalisée à partir de verre coloré, une composition évolutive de jaune, jaune pâle et violet, d’argent et de bois flotté, l’œuvre fait de la lumière une expérience à part entière. Chez Warhol, le coucher de soleil est presque iconique. Chez Eliasson, la lumière échappe au contraire à l’image pour revenir à l’expérience physique. Le rapprochement est particulièrement pertinent à Porquerolles. Dans un paysage où la lumière méditerranéenne constitue déjà une expérience esthétique, Olafur Eliasson en révèle la dimension instable et subjective. Cette présence contemporaine donne aussi une profondeur nouvelle au titre Sea, Pop & Sun. Le soleil qui fascinait les artistes Pop comme symbole de plaisir et d’évasion devient, chez Eliasson, est un phénomène à observer, à éprouver et à questionner.

Tschabalala Self

Du corps fantasmé au corps réapproprié

L’autre grande force de l’exposition Sea, Sex and Sun réside dans le dialogue entre les représentations historiques du corps et celles d’artistes contemporains. Avec Tschabalala Self, le corps féminin et racisé sort des canons traditionnels de l’imagerie occidentale. Dans Red-Headed (2025), comme dans Rêverie (2025), peinture, tissu, fil et dessin s’entremêlent pour construire des figures à la présence physique affirmée. Son travail déplace ainsi l’un des grands motifs du Pop : la femme comme objet de consommation ou de représentation. Le corps affirme sa propre présence. Cette relecture entre directement en résonance avec les œuvres d’Evelyne Axell, dont les figures sensuelles et les expérimentations sur le plexiglas avaient contribué à déplacer les frontières de la représentation féminine dans les années 1960-1970. Derrick Adams apporte lui aussi une autre lecture du loisir. Son Floater 104 (2020), consacré à une figure afro-américaine flottant dans un univers de détente, rappelle que l’accès au loisir balnéaire n’a jamais été véritablement partagé.

Le paradis balnéaire face à ses propres contradictions

Avec Sea Clock (2026), installation monumentale en sable, Théo Mercier fait entrer la plage au cœur de la Villa Carmignac. Sous un plafond d’eau, cette matière familière des vacances devient le théâtre d’un monde hybride, où nature et traces de l’activité humaine se mêlent. Le sable n’est plus seulement celui de l’insouciance balnéaire : il évoque l’érosion, l’artificialisation des littoraux et les excès d’une société de consommation.

Inspirée des Métamorphoses d’Ovide, l’œuvre transforme progressivement le rivage en un paysage hybride, à mi-chemin entre le monde minéral, le vivant et les résidus de l’industrie. Sea Clock est vouée à disparaître. Le compte à rebours est lancé. Une manière, pour Théo Mercier, de refermer Sea, Pop & Sun sur son paradoxe essentiel : célébrer le paradis tout en rappelant qu’il est fragile et peut-être déjà en train de nous filer entre les doigts.

> fondationcarmignac.com