L’exposition « Ex croissance » est une expérience artistique et olfactive créée par l’artiste Michel Blazy. Présentée au centre d’art Rurart à Rouillé dans la Vienne, cette installation met en scène la transformation de matières organiques. Les visiteurs y découvrent des œuvres évolutives qui stimulent les sens et interrogent notre rapport au temps.
Une expérience olfactive et visuelle unique
L’atmosphère du centre d’art Rurart surprend dès l’entrée. Une odeur de décomposition singulière envahit l’espace d’exposition. Sur les murs, l’artiste a étalé 900 kg de concentré de tomates. Plus loin, des cultures de pleurotes se développent et se détériorent sous les yeux du public. Les ames délicates doivent se préparer à un véritable choc sensoriel.
Après dix jours d’ouverture, le paysage artistique se métamorphose radicalement. Les meules de plastique noir se perforent visiblement. De cette matière émergent d’énormes touffes de champignons blancs. Michel Blazy qualifie lui-même son travail de matière en devenir. L’artiste de 44 ans utilise des produits frais pour alimenter notre esprit.
Le cycle vivant au cœur de la création
Cette démarche rappelle les précédentes installations marquantes de l’artiste plasticien. Le public se souvient notamment de son œuvre intitulée « Le Clos des chutes ». Cette création mélangeait du liquide vaisselle bleu et de l’eau sur du papier toilette rose. Le monticule de mousse blanche s’effondrait et se reconstituait de manière hypnotique.
Pour cette exposition, Michel Blazy propose un véritable jardin à la française. Les visiteurs déambulent au milieu d’un décor inquiétant en rouge et noir. Trois vidéos projetées en gros plan complètent ce dispositif immersif. Les films « Multi-Vers », « Voyage au centre » et « Graine de poivron vert » montrent la vie qui grouille. Cette décomposition n’est pas simplement révulsante, elle s’avère profondément réjouissante. L’événement se tient à Rouillé jusqu’au 25 avril 2010.
L’art n’est efficace que lorsqu’il dérange la pensée dominante, sinon, ça n’en est pas. Illustration :
Une artiste chinoise censurée par les Beaux-Arts de Paris
Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 11/02/2010 | 13H24
Quatre mots qui dérangent : travailler, gagner, plus, moins. L’installation de l’artiste chinoise Siu Lan Ko, dont le vernissage était programmé vendredi, a été démontée quelques heures après leur affichage sur la façade de l’École des Beaux- Arts, quai Malaquais. « Censure politique », dénonce l’artiste.
« Un week-end de sept jours », une exposition collective à la connotation délibérément utopique, devait présenter du 13 au 21 février des œuvres d’étudiants du Royal College of Art de Londres, et de Lasalle College of the Arts de Singapour.
Siu Lan Ko, qui connaît bien les Beaux-Arts de Paris pour y avoir passé deux ans en résidence, avait imaginé deux bannières réversibles de 7 mètres de haut sur 1,2 m de large, visibles depuis les quais de la Seine et incluant simplement quatre mots. Selon le chemin que l’on empruntait, on pouvait lire les mots ci-dessous. (Voir la photo)
photomontage des bannières de l’expo /Siu Lan Ko
* Gagner Plus Travailler Moins
* Travailler Plus Gagner Moins
* Travailler Moins Gagner Moins
* Travailler Plus Gagner Plus
* Plus Gagner Plus Travailler
* Moins Gagner Plus Travailler
* Moins Travailler Moins Gagner
* Plus Travailler Plus Gagner
* Plus Gagner Moins Travailler
* Plus Travailler Moins Gagner
L’artiste explique avoir cherché à évoquer « à la fois la question du travail et de la propagande, dans un esprit universel » et s’être « bien sûr inspirée du slogan du candidat Sarkozy. »
Œuvre dérangeante vis-à-vis des ministères ?
Mercredi à 10h30, comme prévu, les bannières ont été montées sur la façade située à deux pas de l’actuelle résidence de Jacques Chirac, quai Voltaire. Mais dans l’après-midi, elles ont été retirées alors que l’artiste n’a été officiellement avertie que par un mail reçu dans la soirée de sa commissaire d’exposition, Clare Carolin, du Royal College of Art de Londres. « Le pire est que tout était calé depuis un an, le catalogue imprimé, ils n’ont pas découvert ça hier ».
D’après les informations que nous avons recueillies, la direction de l’école aurait jugé cette œuvre trop dérangeante et aurait argué qu’elle avait choqué certains membres du personnel de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts et du ministère de l’Éducation.
Le directeur aurait ajouté que la période était particulièrement sensible alors que l’école était en train de renouveler sa convention de financement avec les ministères.
À la commissaire d’exposition Clare Carolin, on a simplement proposé de rapatrier les bannières à l’intérieur de l’école, mais elle ne pouvait prendre une telle décision sans prévenir l’artiste. Elle n’a pas eu le temps de le faire puisque lorsqu’elle est sortie de la réunion, l’œuvre était déjà démontée.
« Le climat conservateur de la France de Sarkozy »
On imagine que pour une Chinoise, même élevée à Hong-Kong, une telle censure au pays des droits de l’homme soit à peine croyable. Siu Lan Ko :
« Je trouve dur de découvrir que cette forme de censure brutale puisse se produire en France. Il n’y a même pas de place pour la discussion, tout se passe dans mon dos et celui de la commissaire. Encore plus dur que cela se produise dans la plus ancienne école d’art française, où l’on est supposé encourager l’expression la plus libre des artistes.
Dur de croire encore que les enjeux économiques et politiques l’emportent sur toute autre préoccupation. Cela montre à mes yeux dans quel climat conservateur est tombée la France de Sarkozy, et à quel point celui-ci fait peur.
Je demande que mon travail soit remis sur la façade et que l’école donne une explication officielle à cette censure et s’excuse. Je réfléchis aussi à une éventuelle action judiciaire. »
« Atteinte à la neutralité du service public »
L’Ecole des Beaux-arts de Paris, qui a refusé de nous fournir son communiqué envoyé à l’AFP, a déclaré que l’artiste avait accroché son oeuvre à l’extérieur « sans que la direction de l’établissement en soit informée » :
« Sans titre, sans nom d’auteur, sans mention relative à l’exposition, le caractère de l’oeuvre se réfère explicitement à un contexte politique. Son auteur a souhaité, par la présentation sur la voie publique, utiliser spectaculairement comme médiation de son message un bâtiment de l’Etat voué à l’enseignement », a poursuivi l’école.
La direction de l’école a considéré que « cette présentation non concertée de l’oeuvre, sans explicitation à l’attention du public, pouvait constituer une atteinte à la neutralité du service public et instrumentaliser l’établissement », selon le communiqué.
► Mis à jour le 12/02 à 9h15, avec la réaction de l’école.
Photomontage des bannières de l’exposition aux Beaux-Arts /Siu Lan Ko
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Je ne vois pas en quoi ce travail de Siu Lan Ko produit un outrage pour “justifier” cette censure. Quelle est l’outrage aux bonnes mœurs, et même quel est l’outrage politique? C’est un travail sociologique qui énonce juste une vérité cachée, assez convenue dans le milieu de l’art et des institutions artistiques : celle de la soumission des agents de l’art à la pensée dominante. Cette installation révèle juste la peur des petits fonctionnaires qui s’aplatissent devant leur autorité, parce qu’ils craignent de perdre leur place. “Gagner Plus Travailler Moins” est devenu un tabou dans notre espace social, et ce travail censuré prend le statut d’objet infamant. Il devient, à partir de ce jour, la part maudite du sarkozysme, cette part honteuse qui reviendra toujours sur le devant de la scène, quoiqu’on fasse pour la retenir.
Ces quatre mots, du reste, étaient au programme énoncé par l’UMP pendant la campagne présidentielle de 2007, et presque tout le monde a trouvé cela normal d’adopter cette tautologie comme programme politique (surtout les classes laborieuses des employés et des ouvriers). Maintenant que la formule ne marche pas, il est bon d’en essayer les diverses combinaisons. L’artiste nous annonce un vrai message d’espérance.
“Travailler plus pour gagner plus” peut s’inspirer du programme minimaliste moderne “La peinture n’est rien que de la peinture”, ou de l’art conceptuel et de l’usage de la tautologie en art. Cet usage s’est décliné par les publicitaires inspirés du mix de pop’art et de slogan tapageur à cette autonomie de l’art et du politique, comme véhicule de jouissance par le travail et d’émancipation par la droite. L’UMP s’énonce comme un parti “populaire”, qui a repris les formes inspirées par la gauche historique. La tautologie “La droite c’est la droite” ne pouvait plus marcher, mais personne n’a trouvé à redire lorsqu’elle s’est transmutée et qu’elle a annoncé que “La droite c’est la gauche”. Cette artiste ne fait rien moins que changer l’ordre des mots, comme l’a fait avant elle l’UMP. C’est cette vérité qui dérange, car elle dévoile la logique politique à l’œuvre, au-delà de l’art et de ses enjeux formels.
Dans le domaine de l’art, c’est la cause qui prime plus que tout, sinon, c’est du saupoudrage. Depuis l’émergence de l’Esthétique relationnelle pendant les années quatre vingt dix, reprenant à son compte l’influence des néo-avant-gardes des années soixante dix, les commissaires d’expositions interviennent en tant qu’artistes. Il revient moins qu’à “l’artiste commissaire” de revendiquer en tant qu’artiste cet évènement en allant fissa ! raccrocher les quatre bâches.
On demandera bientôt aux artistes français de ne plus faire que des cartons de papier peints à motifs floraux avec référentiels de fleurs acceptés ou interdits par la censure de la haute administration du ministère de l’intérieur (pour peut-être éviter le “trouble à l’ordre public”).
CETTE CENSURE EST LAMENTABLE!!!!
On demandera bientôt aux artistes français de ne plus faire que des cartons de papier peints à motifs floraux avec référentiels de fleurs acceptées ou interdites par la censure de la haute administration du ministère de l’intérieur (pour peut-être éviter le “trouble à l’ordre public”).
CETTE CENSURE EST LAMENTABLE!!!!
P.S. désolé pour le premier post avec ses fautes
Il existait sur Arte une excellente émission de fin de soirée,”Exhibition” (disparue depuis quelques années) qui montrait des artistes dans leur travail,avec à la base un thème.J’y avais découvert Michel Blazy et ses pelures d’oranges empilées comme des châteaux pourrissants et autres entropies organiques.Surprenant!
a valentine for Alexia!
Je suis jamais blasé par Blazy, artiste qui aurait mérité, selon moi, de remporter il y a quelque temps le Prix Marcel Duchamp (2008) ; seulement, son travail sur l’entropie, et l’informe mode d’emploi, n’est pas très ‘collectionnable’, ceci expliquant peut-être cela.
Merci pour toute ces infos
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