Le trait de Pablo Picasso est souvent comparé à une danse. Le Catalan peint vite, avec l’urgence d’un geste qui précède la pensée. Il dessine comme d’autres improvisent. Son art est gestuel, corporel. On y sent la main, l’élan, parfois la violence. Le chorégraphe Mès Lesne dialogue avec Picasso dans Momma, un film de danse immersif tourné au cœur du Musée Picasso à Paris.
Des pinceaux vivants
Par leur force expressive et leur audace formelle, les toiles de Picasso offrent un terrain fertile pour l’interprétation chorégraphique. Dans Momma, les danseuses évoluent au milieu de toiles emblématiques de Picasso. Leurs gestes prolongent les lignes, esquissent des contrepoints, répondent aux courbes d’un nu ou à la fragmentation cubiste d’un visage. Le corps ici ne mime pas Picasso : il s’en imprègne, il l’interprète. Chaque pas, chaque saut, chaque torsion trace une ligne invisible entre la danse et la peinture.
Le sauté décroché
Le choix du chorégraphe Mès Lesne n’est pas anodin. Formé auprès de Michel Onomo, le danseur s’est forgé un langage hybride, entre hip-hop, flamenco et danse contemporaine. Sa signature ? Le “sauté décroché”, un saut désarticulé, comme suspendu dans l’air. Chez lui, le mouvement ne cherche pas la beauté classique mais l’intensité, le cri, la fracture. C’est cette énergie qu’il injecte dans Momma, transposant la tension du trait picassien dans la dynamique du corps.
Un manifeste corporel
Momma n’est pas une simple performance dans un musée. C’est un film chorégraphique qui donne à voir autrement les toiles du maître espagnol. Là où le musée tend à figer les œuvres dans une temporalité silencieuse, Mès Lesne fait entrer le tumulte. Le musée Picasso devient un espace traversé d’émotions. Un lieu de création plutôt que de conservation. Momma est accessible en ligne. Ce film court, à la frontière entre performance, art visuel et manifeste corporel, prolonge l’héritage de Picasso dans le langage du mouvement.