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vendredi 2 octobre 2026
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Musée Camille Claudel : Camille Claudel et Bernhard Hoetger à nouveau réunis

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L'Implorante (1899) de Camille Claudel - À l'origine, cette statue fait partie du groupe monumental L'Âge mûr (1894-1900), une œuvre autobiographique où l'artiste met en scène sa propre détresse face à sa rupture avec Auguste Rodin.

Le Musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine met en lumière une rencontre oubliée. En 1905, leur marchand Eugène Blot avait réuni Camille Claudel et Bernhard Hoetger lors d’une exposition à Paris. Aujourd’hui, l’exposition actuelle rappelle ce lien artistique unique. Jusqu’au 10 janvier 2027.

Vue de l'exposition Camille Claudel et Bernard Hoetger à la galerie Eugène Blot en décembre 1905.
Vue de l’exposition Camille Claudel et Bernhard Hoetger à la galerie Eugène Blot en décembre 1905.

En décembre 1905, la galerie d’Eugène Blot, boulevard de la Madeleine à Paris, accueille simultanément les œuvres de Camille Claudel (1864–1943) et du jeune sculpteur allemand Bernhard Hoetger (1874-1949). Camille Claudel a alors 40 ans, et ce sont ses dernières années avant son internement ; Hoetger en a 30, est à Paris depuis quelques années. Il n’est pas encore connu, et le seul artiste avec lequel elle va partager une exposition de son vivant.

Paris, 1900 : « Tout était nouveau, tout faisait impression, tout était absorbé » (B.  Hoetger)

L’exposition actuelle au Musée Camille Claudel ne reconstitue pas seulement une présentation ancienne. Elle nous montre ce que signifie, pour chacun des deux artistes, être sculpteur à Paris en 1905 : trouver un marchand, obtenir des commandes, exposer, vendre, être reconnu par la critique, parvenir à construire une œuvre indépendante. En 1900, Camille Claudel, qui a grandi à Nogent-sur-Seine, vit et travaille principalement dans son atelier parisien, après avoir pris ses distances avec Auguste Rodin. À cette époque, sa situation artistique est assez difficile : elle continue à sculpter et à exposer, mais connaît des problèmes financiers et reçoit peu de commandes.

Bernhard Hoetger vient d’arriver à Paris avec les élèves de l’Académie de Düsseldorf venus visiter l’Exposition universelle. Il a 26 ans. « Tout était nouveau, tout faisait impression, tout était absorbé », écrit-il, à propos de son arrivée à Paris. Artiste étranger, attiré par la capitale artistique, il décide de rester, s’installe à Montmartre, fréquente les milieux de la bohème artistique parisienne, réalise des figures de travailleurs à portée sociale. Son succès est rapide dès 1905. A partir de là, il créé des Nus plus intemporels. Son travail se situe à la croisée de la sculpture, de l’architecture et de l’expressionnisme.

Portrait d’Eugène Blot

Eugène Blot : la première figure au centre de l’histoire

Marchand et soutien dévoué, Eugène Blot va jouer un rôle essentiel dans la carrière des deux artistes. Vers 1901, Bernhard Hoetger fait la connaissance du galeriste et commence officiellement sa collaboration avec lui. Il produit notamment L’Aveugle, Engourdie par le froid, La Tempête. Eugène Blot diffuse une trentaine de ses modèles et le surnomme « le Rodin allemand ».

La Vague est une sculpture de Camille Claudel, exécutée en onyx et bronze vers 1903.
La Vague est une sculpture de Camille Claudel, exécutée en onyx et bronze vers 1903.

Eugène Blot a déjà commencé à travailler avec Camille Claudel et édité une quinzaine de ses œuvres. Après sa séparation avec Rodin au début des années 1890, elle développe des recherches nouvelles, notamment autour de petites scènes de la vie quotidienne. La Vague fait partie de cette évolution. Impressionnante, en train de déferler sur un petit groupe de trois jeunes baigneuses, avec son recours au marbre-onyx et sa composition, elle s’inscrit dans le contexte de l’Art nouveau et du japonisme et transforme la relation entre corps, matière et espace.

Bernhard Hoetger, "La Tempête" (vers 1901), statuette en bronze habituellement conservée au musée d'Orsay.
Bernhard Hoetger, « La Tempête » (vers 1901), statuette en bronze habituellement conservée au musée d’Orsay.

Rodin, le modèle puissant

Si Camille Claudel a derrière elle une vingtaine d’années de recherche et plusieurs œuvres majeures, Bernhard Hoetger est encore un artiste relativement jeune qui cherche sa propre voie. Mais tous deux se situent par rapport à un modèle particulièrement puissant : Rodin. Comment inscrire la modernité après un tel maître, sinon en faisant sortir la sculpture du cadre monumental traditionnel ? Les petits formats, les figures de la vie quotidienne, les corps en mouvement (tels La Vague de Camille Claudel/La Tempête de Bernhard Hoetger), les expérimentations matérielles ouvrent ces nouvelles possibilités. C’est dans leurs œuvres que le rapprochement devient le plus fécond. Chez Camille Claudel – on pense à L’Implorante, La Sirène, L’Abandon ou La Vague -, la modernité passe notamment par le mouvement, le fragment, l’intimité, la recherche sur les matériaux ; chez Bernhard Hoetger, c’est une simplification des volumes, une expressivité accrue, un intérêt pour les figures contemporaines. Il explore simultanément d’autres voies, notamment à travers ses figures de travailleurs et ses recherches expressionnistes.

« Que puis-je maintenant pour vous, chère Camille Claudel ? » (E. Blot)

Camille Claudel continue encore quelque temps à exposer et à travailler, mais sa production se ralentit. C’est la fin de sa carrière. Sa dernière période de création est marquée par un isolement croissant, elle sombre dans la maladie. Elle cesse pratiquement de sculpter avant son internement en 1913. Elle mourra trente ans plus tard. Eugène Blot, resté l’ami proche lui écrit, en 1932  « Que puis-je maintenant pour vous, chère Camille Claudel ? Ecrivez-moi, prenez la main que je vous tends. Je n’ai pas cessé d’être votre ami. »

Quant à Bernhard Hoetger, il poursuit son parcours bien au-delà de l’événement parisien de 1905. Il quitte Paris et construit en Allemagne une œuvre plus vaste, qui s’étend à plusieurs disciplines et traverse des périodes historiques différentes. Son activité ne se limite plus à la sculpture, il travaille également dans l’architecture, le design et les arts décoratifs, mais son histoire est aussi liée aux ambiguïtés et contradictions de certains artistes allemands face au nazisme. Il adhère au mouvement nazi en 1934, cherche à obtenir une place dans l’Allemagne nazie, en tant que peintre et sculpteur officiellement reconnu comme artiste autorisé à exercer, mais en vain. Son art est également attaqué par les nazis, catégorisé comme art « dégénéré », et certaines de ses œuvres sont retirées de l’espace public. Il meurt en 1949, en Suisse, où il s’était installé six ans plus tôt.