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vendredi 23 octobre 2026
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« L’Espace entre nous » au BAL : plongée dans la mythique collection photographique de Michael Wilson

Shōji Ueda, "Papa, maman et les enfants" (1949) - Courtesy Wilson Centre for Photography
Shōji Ueda, "Papa, maman et les enfants" (1949) - Courtesy Wilson Centre for Photography

À Paris, LE BAL présente l’exposition « L’Espace entre nous », une immersion dans la prestigieuse collection du Wilson Centre for Photography. Fondé à Londres en 1998 par Jane et Michael Wilson, ce fonds rassemble des pièces rares couvrant des décennies d’histoire photographique, des années 1920 jusqu’à aujourd’hui. DU 20 juin au 3 janvier 2027.

Une scénographie d’une grande élégance

Dès l’entrée du BAL, le centre dédié à la photographie situé non loin de la Place de Clichy, le coup de cœur est immédiat : la scénographie signée Cyril Delhomme dialogue magnifiquement avec le commissariat assuré par Diane Dufour et Julie Héraut. Avec une grande sobriété, l’aménagement met en valeur chaque épreuve sans jamais étouffer le regard, offrant une circulation fluide où l’« espace » trouve tout son sens. Présentée sur un mode non thématique afin de privilégier les rencontres fortuites, les rebonds et les affinités, la sélection de 120 tirages mêle sans hiérarchie grands maîtres historiques et figures contemporaines. Ainsi, le regard inquiet du poète russe Vladimir Maïakovski, photographié par Alexander Rodchenko, se confronte aux mains de géant saisies par August Sander ; Un portrait de femme réalisé par André Kertész fait face à un sculptural nu d’Imogen Cunningham ; La fragile prothèse bottée de Frida Kahlo, abandonnée au fond d’une improbable baignoire, vient contraster avec un puissant dos masculin tatoué, tous deux saisis par Graciela Iturbide.

« L’Espace entre nous » au BAL – Manuel Alvarez Bravo (1902-2002) – photo AG

Michael G. Wilson : du cinéma James Bond à la passion de la photographie

Qui est Michael G. Wilson ? Producteur, scénariste et collectionneur américain, Michael G. Wilson est principalement connu pour son rôle majeur dans la franchise cinématographique James Bond, qu’il a développée aux côtés de sa demi-sœur Barbara Broccoli. Juriste et ingénieur de formation, il se passionne pour la photographie à la fin des années 1970 et constitue au fil des décennies une collection privée de référence mondiale. En 1998, il fonde avec son épouse Jane le Wilson Centre for Photography à Londres, une institution consacrée à la recherche, à la conservation et à la diffusion de l’histoire de la photographie. Le centre soutient les travaux des chercheurs et prête régulièrement des œuvres à de grands musées internationaux.

Les théâtres du quotidien de Shōji Ueda

Parmi les moments forts du parcours figure la découverte des images du Japonais Shōji Ueda (2013-2000). Photographe de province discret travaillant principalement à Tottori, à 600km à l’ouest de Tokyo. Ueda a su transformer les dunes de sable bordant la mer en véritables scènes théâtrales surréalistes (cf. la photo d’ouverture). L’artiste y a mis en scène sa propre famille, ses voisins et des figurants improvisés. Les corps s’alignent sous le soleil écrasant du zénith, côtoyant chapeaux noirs, parapluies, bicyclettes et objets insolites. Ces saynètes évoquent l’univers poétique d’un René Magritte ou d’un Jacques Tati.

Tomoko Sawada, Autoportrait « Juste une horloge, juste un chiffre, une horloge vue de l’intérieur ? Une horloge vue de l’extérieur ? Je suis moi. » © Tomoko Sawada

Métamorphoses et identités chez Tomoko Sawada

Un autre temps fort repose sur les travaux de la Japonaise Tomoko Sawada (née en 1977). Dans ses premières séries (comme Early Days), Sawada explore la plasticité du visage et le poids des rôles sociaux dans la société japonaise. Avant de devenir une « artiste caméléon » jouant avec les codes de la photo d’identité, de classe ou de magazine, elle travaille dès ses dix-neuf ans la matière même du visage. Sawada recouvre son visage du blanc à base de poudre de riz (o-shiroi) propre au théâtre kabuki et aux geishas. Ce maquillage, véritable toile blanche, efface toute singularité individuelle pour laisser place au jeu des expressions ou au contraire au néant. L’autoportrait montre comment cette plasticité inattendue transforme son visage en cadran, une métamorphose subtile qui fige l’instant tout en marquant la distance avec le rôle imposé par la société.

Informations pratiques

Exposition : L’Espace entre nous — Dans la collection du Wilson Centre for Photography
Textes de salle : Bertrand Schefer
Dates :
Jusqu’au 3 janvier 2027
Lieu : LE BAL, Paris