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mercredi 4 novembre 2026
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[Éd. Gallimard] « Marguerite Yourcenar » de Christophe Bigot

Marguerite Yourcenar (1903–1987), immortalisée ici lors d'un séjour à Bailleul en octobre 1982 par le photographe Bernhard De Grendel.
Marguerite Yourcenar (1903–1987), immortalisée ici lors d'un séjour à Bailleul en octobre 1982 par le photographe Bernhard De Grendel.

Le regard admiratif d’un écrivain sur l’une des figures majeures du XXe siècle. C’est ce que propose Christophe Bigot en signant cette biographie illustrée de Marguerite Yourcenar aux éditions Gallimard. Soit 240 pages et une centaine de photographies, dont beaucoup sont méconnues, pour partir à la (re)découverte d’une romancière et poétesse trop souvent jugée aride, figée dans la solennité de la statue du Commandeur.

Christophe Bigot ne cache pas sa tendresse pour l’auteure des « Mémoires d’Hadrien » (1951) et de « L’Œuvre au noir » (1968), dont il fréquente les textes depuis son adolescence, comme lecteur d’abord, puis comme professeur de lettres. On lui doit déjà « Un autre m’attend ailleurs » (2024), un roman inspiré des dernières années de l’écrivaine, lorsqu’elle se remit à voyager en compagnie de son dernier amour, le jeune et sulfureux photographe américain Jerry Wilson, de 46 ans son cadet.

Pour rédiger cette biographie imagée, Christophe Bigot n’a pas emprunté les chemins académiques balisés par Josyane Savigneau, auteure de la grande œuvre de référence sur la première femme à avoir été reçue à l’Académie française en 1980. Il a préféré tisser des liens plus intimes entre l’itinéraire de cette « inspiratrice de liberté » et des portraits moins guindés que ceux que l’on a coutume de voir publiés. Ainsi de ces années heureuses de sa jeunesse où elle pose, cigarette à la main, dans les montagnes grecques ou à cheval aux côtés de sa compagne de toujours, l’Américaine Grace Frick, qui fut aussi sa traductrice.

Marguerite Yourcenar fut une femme ardente, éprise de découvertes, « intellectuelle portée à l’amour » comme dira d’elle Virginia Woolf, dont elle assura la première traduction des « Vagues » en français. À travers dix chapitres courts, Christophe Bigot nous invite à la suivre, de son enfance précoce et buissonnière sur les terres familiales du Mont-Noir en Flandre (rappelons qu’elle ne mit jamais les pieds à l’école) jusqu’à ses combats politiques, en particulier écologistes, menés depuis «Petite Plaisance», sa maison du Maine, aux États-Unis. Viscéralement attachée à la langue française, qu’elle cisela comme personne, elle fit pourtant le choix de s’ancrer dans le monde anglo-saxon, jusqu’à opter pour la nationalité américaine. Christophe Bigot retrace avec finesse la construction progressive de son imaginaire, dévoilant les sources intimes et intellectuelles d’où jailliront ses chefs d’oeuvres.

Quarante ans après sa mort en 1987, Christophe Bigot l’affirme : Marguerite Yourcenar figure au Panthéon des plus grands esprits de la littérature. «Yourcenar n’a rien à envier à ces modèles de grandeur et d’intelligence dont le rayonnement nous parvient encore », écrit-il, faisant notamment référence à Erasme, Léonard de Vinci ou Montaigne. Elle est, pour lui, « cette voix majeure de la conscience des décennies apocalyptiques » du XXe siècle, une «prophétesse d’un sombre avenir devenu notre présent et qu’elle nous aide à mieux déchiffrer.» Une voix à écouter par temps troublé en somme.

Aude Seyssel