Quel intérêt, quand on ignore tout de la pêche à la mouche, de se plonger dans le récit d’un passionné ? Aucun, a priori. Et pourtant. Avec « Debout dans la rivière » (Gallmeister), John Gierach signe un texte vivifiant comme un torrent de printemps, s’imposant comme une échappée hors du vacarme urbain.
Né dans l’Illinois et installé dans le Colorado, une terre d’élection qui irrigue toute son œuvre (publiée chez le même éditeur), John Gierach (1946-2024) s’est imposé au fil des décennies comme une figure majeure de la nature-writing américaine. Ancien travailleur manuel devenu chroniqueur et écrivain, il observe la nature avec l’œil ironique d’un philosophe et la plume d’un poète discret.
Ici, il nous entraîne sur les sentiers secrets du Montana, du Wyoming ou du Nebraska. Loin d’être un simple manuel sportif, l’ouvrage dévoile un « état d’esprit » fondé sur le silence, la contemplation et le catch and release (la remise à l’eau systématique du poisson). Sous sa plume, le choix des mouches artificielles, qu’il monte lui-même avec un soin méticuleux, devient une litanie envoûtante : « J’ai décidé que les modèles de mouches étaient comme la littérature : des variations infinies autour d’un même thème. »

Entre humour pince-sans-rire et leçons de patience, ce petit traité de philosophie pratique nous rappelle une urgence : garder les bottes dans l’eau froide et la tête dans les nuages pour ne jamais renoncer à l’émerveillement.
Aude Seyssel