Raphaëlle Peria utilise l’image comme support pour mener un travail de l’ordre du dessin. Sa particularité ? Une technique de grattage dont elle se sert pour faire apparaître de nouvelles formes et révéler les éléments de la photographie. Représentée par la galerie Papillon, elle est l’une des trente artistes invités à la résidence Drawing Factory. Jusqu’au 20 septembre 2021.

L’art du grattage sur photographie : un parcours entre mémoire et écologie
Le parcours vers l’art commence parfois par des chemins inattendus. Après un baccalauréat scientifique, l’artiste choisit de se diriger vers le dessin. Elle étudie pendant cinq ans aux Beaux-arts en Bretagne. Elle poursuit ensuite son cursus avec un Master d’art contemporain à Saint-Denis. En parallèle de ses études, elle participe à de nombreux concours. Cette persévérance lui permet d’intégrer la galerie Papillon, qui la représente encore aujourd’hui. C’est dans ce contexte professionnel qu’elle réalise ses premières expositions marquantes.
L’origine d’une technique : le hasard du voyage
Le passage à la photographie par grattage s’est produit par hasard. À l’origine, l’artiste pratiquait surtout la peinture et la gravure. Lors d’un tour du monde d’un an, elle ne peut pas emmener son matériel habituel. Elle décide alors de n’emporter qu’un appareil photo. Ce voyage devient une réflexion sur la mémoire. Elle compare la fiabilité de la photographie à celle de ses souvenirs, qui se transforment avec le temps. Elle commence à expérimenter en effaçant la surface des images avec des acides. Finalement, elle adopte le grattage. Cette méthode lui permet de supprimer des éléments tout en ajoutant de la matière. Elle se concentre alors sur le paysage et la relation entre l’homme et son environnement.
Un engagement artistique pour l’écologie
Son travail évolue progressivement vers des sujets écologiques. Elle voyage dans des lieux où la nature est perturbée par l’activité humaine. Elle s’inspire d’articles ou d’émissions de radio pour choisir ses destinations. Avant de partir, elle planifie précisément ce qu’elle souhaite capturer et transformer. Au Cambodge, elle explore les ruines des temples envahis par la végétation. Elle travaille comme une archéologue en grattant les plantes pour révéler la pierre. Ce geste crée une opposition visuelle forte. La photographie représente la trace de l’homme, tandis que le dessin souligne la puissance du végétal.
La métaphore de la destruction et du souvenir
Le souvenir reste au cœur de sa démarche. L’artiste retravaille exclusivement ses propres clichés pour préserver l’émotion vécue sur place. Au Cambodge, l’aspect sacré des lieux l’incite à intégrer de la dorure à ses œuvres. Le grattage devient alors une métaphore de la destruction de la nature. Dans sa série sur les coraux, le fait de gratter l’image fait blanchir le sujet. Ce procédé artistique imite le blanchissement réel des coraux causé par la pollution. Par ce geste, elle illustre l’impact négatif de l’humanité sur la planète.
Des inspirations entre effacement et précision
Ses influences artistiques sont variées mais cohérentes. Elle cite volontiers Robert Rauschenberg, notamment son œuvre où il efface un dessin de De Kooning. Cette notion d’effacement pour revenir au blanc a guidé ses premières recherches. Elle admire également la précision minutieuse du dessin de Kiki Smith. Enfin, son travail s’inscrit dans une lignée d’artistes contemporains engagés pour la cause environnementale. Cette combinaison de technique rigoureuse et de message fort définit aujourd’hui son identité artistique.
Coraline Le Pichon
