24.1 C
Paris
dimanche 14 juin 2026
Accueil FUTURS SOCIAL MEDIA Les rats se dopent aux selfies, une performance de Augustin Lignier

Les rats se dopent aux selfies, une performance de Augustin Lignier

0
2978

Pourquoi aimons-nous autant nous prendre en photo ? Quel plaisir trouvons-nous à les partager sur les réseaux sociaux ? Le photographe français Augustin Lignier a voulu comprendre ce comportement. Pour cela, il a mené une expérience-performance surprenante avec des rats. Son but était d’analyser comment les plateformes modèlent nos habitudes.

L’expérience de Skinner : de la cage aux écrans

Le 23 janvier 2024, le New York Times a publié un article fascinant. Le sujet présentait une collection de selfies de rongeurs. Ce projet venait d’Augustin Lignier. L’artiste souhaitait reproduire le protocole du psychologue américain B.F. Skinner.

Inventé dans les années 1930, ce test enferme des rongeurs dans une cage spéciale. L’animal doit actionner un petit levier. En échange, il reçoit des récompenses de manière aléatoire. Le rongeur devient rapidement dépendant de ce bouton. La perspective d’un gain futur l’obsède. Parfois, se nourrir devient même secondaire. L’animal se retrouve totalement asservi à la machine. Lorsque nous actualisons notre fil d’actualité, nous cherchons une récompense. Ce gain prend la forme d’un like, d’un commentaire ou d’un cœur. Ces interactions stimulent notre production de dopamine. C’est pourquoi nous retournons sur nos applications de façon compulsive.

Des rats accros aux selfies et au narcissisme

Augustin Lignier s’est inspiré de cette obsession moderne pour le selfie. Il a donc conçu une tour de verre transparente. Face à la structure, il a placé un appareil photo. Un bouton déclenchait les clichés tout en délivrant du sucre. L’artiste a installé deux rats dans le dispositif. Un écran permettait aussi aux animaux de se contempler.

Après une phase d’apprentissage, un phénomène étrange s’est produit. Les rongeurs semblaient préférer la prise de photo au sucre. Ils ont fini par délaisser la nourriture. Pour Augustin Lignier, la conclusion est claire. Ces rats agissent exactement comme les utilisateurs des réseaux sociaux. Ils semblent guidés par une forme de narcissisme. Le piège de l’addiction numérique se referme sur eux.

Une œuvre d’art avant d’être une science

Toutefois, ce projet artistique garde des limites. Les travaux empruntent l’esthétique de l’expérience scientifique, mais restent une démarche artistique. L’objectif principal est de questionner notre rapport aux médias. À ce jour, il est impossible de savoir si l’animal a conscience de sa propre image. Néanmoins, le miroir tendu à notre société reste saisissant.

> Podcast sur France Culture.