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[Éd. Grasset] « L’Odyssée de l’Odyssée » de Christophe Ono-Dit-Biot

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Scène de l'Odyssée, fresque romaine (fin du IIe siècle av. J.-C.)

Paru chez Grasset en avril 2026, L’odyssée de l’Odyssée est une relecture du chef-d’œuvre d’Homère, décryptant le voyage d’Ulysse chant par chant pour en révéler les résonances avec notre époque. Son auteur, Christophe Ono-dit-Biot, met ici à profit sa double casquette de journaliste littéraire et de romancier passionné par l’Antiquité, déjà couronné par l’Académie française.

« Vous me direz : Ithaque, c’est loin. Ces Grecs, c’est loin. Peut-être. Mais je crois que si ce poème a traversé les siècles, c’est parce que précisément, Ithaque, c’est un peu chez nous. » Il suffit de quelques pages pour comprendre ce que cherche Christophe Ono-dit-Biot : rendre Homère à la vie contemporaine. Sortir L’Odyssée des brumes scolaires. Lui redonner sa violence, son désir, sa sensualité, sa puissance politique aussi. « Tout ce qui fait une vie humaine est dans l’Odyssée », écrit cet amoureux d’Ulysse qui ne signe pas ici un énième traité érudit sur le poème épique du VIIIe siècle avant notre ère et attribué à Homère, mais presque un manifeste à usage de chacune et chacun d’entre nous.

Une traversée profondément humaine

Dans L’Odyssée de l’Odyssée, Christophe Ono-dit-Biot reprend les vingt-quatre chants d’Homère. Inutile, donc, d’avoir lu l’œuvre originale pour suivre le récit. L’auteur éclaire le texte par des commentaires, des rapprochements contemporains, de quelques souvenirs personnels aussi. Sans jamais transformer son propos en leçon savante. Tout au contraire : les dix années de l’errance d’Ulysse après la guerre de Troie — racontée dans L’Iliade du même Homère — deviennent une traversée incarnée. La nôtre. Une aventure humaine faite d’épreuves, de pièges tendus par le destin, de tentations et de renaissances.

Ulysse parmi nous

Agrégé de lettres classiques, journaliste, romancier, Christophe Ono-dit-Biot fréquente Homère depuis l’enfance. Plus précisément depuis Ulysse 31, ce dessin animé futuriste des années 1980 dont il ne ratait aucun épisode. Cette mémoire populaire donne immédiatement le ton : depuis l’Antiquité, les écrits d’Homère irriguent toujours notre monde. Dans les bibliothèques, les séries, les guerres modernes, les migrations, les crises intimes : Ulysse demeure partout. Figure du super-héros avant l’heure, mais surtout archétype de nos parcours personnels.

Le grand mérite du livre réside dans cette manière de décaper les clichés. Ulysse apparaît comme chacune et chacun d’entre nous : courageux, trouble, attentif, menteur, stratège, tendre parfois, cruel aussi. Bref, un être de contradictions. Un simple mortel aux prises avec les dieux, c’est-à-dire avec la vie.

Circé, Calypso, Nausicaa ou Pénélope cessent alors d’être des silhouettes figées des manuels scolaires pour entrer dans nos imaginaires. Ainsi des Sirènes, dont le chant irrésistible apporte à ceux qui l’écoutent la connaissance universelle. Mais « a-t-on vraiment envie de savoir, grâce à des capteurs toujours plus performants (…) la cause et l’heure de notre mort ? (…) Alors parfois, il vaut mieux peut-être se boucher les oreilles » écrit l’auteur. Sirènes et algorithmes : même vertige.

Le plaisir du passeur

Par ses chapitres courts, Christophe Ono-dit-Biot crée un rythme vif. L’auteur possède un vrai talent de passeur. Son érudition reste légère, souvent joueuse. Certes, quelques facilités apparaissent parfois dans certaines modernisations du texte et certaines références contemporaines semblent un peu appuyées. Ainsi, Pénélope devient, aux yeux de ses jeunes prétendants du royaume d’Ithaque, comparés à une jeunesse dorée et inactive, une « MILF » (Mother I’d like to fuck)… Le clin d’œil amuse autant qu’il déroute.

Le livre gagne pourtant son pari : transmettre un désir de lecture. Il agit comme une invitation sinon à lire ou relire Homère, du moins à tendre l’oreille vers ces voix venues de si loin. Christophe Ono-dit-Biot rappelle ainsi une leçon précieuse : les grands récits restent des réserves d’énergie pour les temps incertains qui sont les nôtres.

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