À l’heure où les algorithmes recyclent à l’infini les mêmes communiqués de presse et où les médias culturels traditionnels doivent composer avec la baisse des revenus publicitaires, la presse indépendante joue les irréductibles. En mai 2026, le magazine ItArtBag a fêté ses dix ans. Dix années de journalisme culturel libre, exigeant et engagé, mené à bout de bras par Véronique Spahis, présidente de l’association Doggy Art Bag.
Une plume tout-terrain, de l’art au vivant
À l’origine de cette aventure, une personnalité qui connaît le monde de l’art sous toutes ses coutures : Véronique Spahis. Chevalier des Arts et des Lettres, critique d’art membre de l’AICA, commissaire d’exposition et ancienne enseignante en histoire de l’art et marché de l’art, notamment à l’INSEEC et à l’IESA, elle a construit son parcours à la croisée de la transmission, de la critique et de la création. Plasticienne de formation (titulaire d’un DEA en arts plastiques), elle se spécialise dans les sciences du jeu et décroche un DESS bien avant que le monde muséal ne s’empare de la discipline. Après avoir dirigé des revues institutionnelles et travaillé au sein d’établissements nationaux comme le Musée de la carte à jouer, elle donne naissance à ItArtBag avec une ambition claire : parler de culture sans la mettre sous cloche. Une équipe d’une dizaine de collaborateurs réguliers participe au développement du titre.
Le résultat lui ressemble : une écriture rigoureuse, mais jamais intimidante ; érudite, sans jargon inutile ; curieuse, surtout. Car chez Véronique Spahis (alias Véronique Grange-Spahis), la critique consiste avant tout à regarder, comprendre, transmettre et donner envie d’aller voir par soi-même. Cette philosophie se prolonge dans son travail auprès des jeunes rédacteurs – près d’une soixantaine en 10 ans -, auxquels elle transmet davantage qu’une méthode : une véritable culture du regard.
La vérité du terrain contre le journalisme « de bureau »
C’est sans doute l’un des marqueurs les plus forts d’ItArtBag. Là où certains médias se contentent de reprendre les dossiers de presse reçus par mail, le magazine défend une règle simple : pour parler d’une expérience culturelle, il faut d’abord la vivre. Exposition, spectacle, pièce de théâtre, expérience immersive, adresse gastronomique ou produit du terroir : les journalistes vont sur place, regardent, écoutent, goûtent, testent et se font leur propre opinion. La devise historique du média résume cette méthode avec une efficacité désarmante : des œuvres et manifestations « lues, vues, écoutées, goûtées, testées et approuvées ». Cette approche donne aux articles une matière que le simple recyclage de communiqués ne peut offrir : des sensations, des détails, des nuances et parfois même des réserves. Bref, une expérience de lecteur qui repose sur une expérience réelle.
48 000 lectures mensuelles : une audience à remettre en perspective
La proximité avec le terrain n’empêche pas ItArtBag de toucher un public significatif. Le magazine revendique plus de 48 000 lectures mensuelles en ligne, soit, à rythme constant. Pour un média culturel indépendant porté par une association, ce volume mérite d’être regardé à l’aune du paysage dans lequel il évolue. Les mastodontes de la presse artistique jouent évidemment dans une autre catégorie. Beaux Arts Magazine revendique ainsi 1,5 million de lecteurs mensuels sur l’ensemble de ses supports, tandis que les données ACPM font état de 883 000 lecteurs pour son édition presse au premier semestre 2026. Connaissance des Arts, autre référence historique du secteur, totalise de son côté plus de 600 000 visites mensuelles sur ses sites.
Quand l’exigence rencontre le succès
L’audience de ItArtBag s’est construite grâce à une ligne éditoriale qui refuse de choisir entre exigence et curiosité populaire. Près de 4 000 articles sont à consulter gratuitement en ligne. Certaines publications ont particulièrement contribué à cette dynamique. C’est le cas notamment lorsqu’ItArtBag pousse les portes du musée Carnavalet, explore les galeries parisiennes ou s’intéresse au spectacle vivant, à la mode, à l’art de vivre, ou encore à l’univers du luxe. Et le terrain de jeu ne s’arrête pas aux cimaises. Le média passe aussi de l’art contemporain à la gastronomie, du street art émergent aux coulisses de la haute cuisine française, sans changer de boussole : regarder de près, raconter juste et donner au lecteur les clés pour se faire sa propre idée.