
L’écrivain et photographe Mathieu Oui inscrit ce choix de la colonnade dans une géographie personnelle et mythologique. La légende de Colapesce, cet homme-poisson condamné à soutenir une colonne fissurée pour empêcher la Sicile de sombrer, traverse le livre comme une métaphore silencieuse. Elle éclaire le regard porté sur l’architecture : une structure qui tient, mais jamais sans effort. « Je décide de partir à la recherche de la troisième colonne, celle qui menace de s’écrouler », écrit-il. Cette quête devient celle d’un équilibre précaire, entre solidité apparente et menace souterraine.

Cette tension se cristallise dans l’une des photographies marquantes du livre : une de ces colonnes sculptées, isolées sur fond blanc, comme extraites du monde. Celle-ci semble flotter, détachée de tout contexte architectural. Empilant des figures humaines, elle évoque un totem fragile : un enfant aux bras levés au sommet, un corps d’homme qui porte, plus bas un visage dissimulé, presque étouffé par la matière.
La blancheur laiteuse de l’image gomme toute référence spatiale, accentuant la sensation de suspension. La colonne n’est plus un pilier : elle devient une métaphore du poids transmis, de la charge héritée. D’une précision presque chirurgicale, la photographie révèle les moindres aspérités de la matière. Les fissures, surtout, retiennent l’attention. Loin d’être dissimulées, elles sont scrutées, presque caressées par le regard. Elles disent la fatigue de la pierre, son histoire, ses failles. « Ici, la solidité n’existe jamais sans fragilité », confie Mathieu Oui.
« Ce sont les fissures qui racontent le mieux ce qui tient encore. »

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