L’art contemporain possède cette capacité unique de bousculer notre quotidien là où on l’attend le moins. À l’occasion de la 54e Biennale de Venise, Christian Boltanski a orchestré en juin 2011 une opération de communication en s’invitant directement dans les kiosques à journaux.
Le jeu du hasard
En collant une zone à gratter sur la Une du quotidien Libération, Boltanski percute avec le destin. Chaque lecteur est ainsi invité à gratter la surface du sticker pour découvrir son propre numéro et tenter de remporter une œuvre d’art. Valeur estimée : 10 000 euros.
Une loterie artistique ancrée dans la Biennale de Venise
Cette démarche prolonge l’installation baptisée Chance, exposée au Pavillon français de la Biennale de Venise. L’autocollant apposé sur le journal dévoile un visage découpé en trois bandes verticales. L’esthétique fait écho au dispositif global imaginé par Boltanski. Dans l’enceinte de la Biennale, un long ruban mécanique fait défiler à toute allure les visages de 600 nourrissons. À intervalles irréguliers, une sonnerie retentit, le mécanisme ralentit et le visage d’un nouveau-né s’immobilise sous l’objectif d’un appareil photo. L’artiste illustre la manière dont le hasard biologique parachute l’existence.
Quand le lecteur de presse défie les lois du destin
Les visiteurs de la Biennale peuvent participer activement au jeu sur écran. Il s’agit de pousser un bouton au bon moment pour tenter de reconstituer un visage parfait à partir de fragments de visages de bébés et de vieillards. Ceux-ci défilent à un rythme effréné. L’opération menée avec le journal Libération permet d’élargir cette loterie existentielle à l’ensemble du territoire national. Le tirage au sort final est prévu le 10 juin 2011.
Le poids de l’histoire derrière le frisson du jeu
Cependant, le travail de Christian Boltanski ne se limite jamais à une simple interaction ludique. Il porte en lui une charge mémorielle particulièrement lourde. La combinaison chiffrée peut rapidement susciter un profond malaise chez le lecteur averti. Dans le contexte d’une œuvre qui interroge la disparition, la mémoire et l’empreinte des corps, l’attribution d’une suite de chiffres résonne de manière glaçante. Elle évoque inévitablement les numéros matricules tatoués sur l’avant-bras des déportés ou cousus sur les vêtements durant la Shoah. La tragédie historique traverse en filigrane une grande partie des créations de l’artiste. En transformant un matricule tragique en ticket de loterie contemporain, Boltanski place la condition humaine, entre le grand huit de la vie et le poids de l’histoire.
Le jeu du hasard
Bonjour, je ne sais pas si vous savez mais Philippe Nolde prépare actuellement une vente (Pierre Berger) de sa collection de livres de Christian Boltanski. Si mes souvenirs sont bons, il a 60 livres de Boltansky dont certaines éditions très très limitées…
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