
Comment Rembrandt a-t-il révolutionné l’histoire de l’art ? Ce génie du XVIIe siècle a marqué son époque par sa maîtrise absolue de la lumière. De ses portraits de groupe à sa technique de la matière, découvrez les secrets d’un artiste hors du commun.
Qu’est-ce que la technique du clair-obscur de Rembrandt ?
Définition du clair-obscur chez Rembrandt : On attribue à ce jour plus de 400 peintures à Rembrandt. Inspiré du Caravage, l’artiste a mis au centre de son travail la technique du clair-obscur. Rembrandt n’utilise pas de contrastes violents. Muni d’une palette de couleurs limitée, il façonne l’espace avec un traitement de la matière propre à son pinceau. Il crée ainsi des ambiances brumeuses parfois mystiques.
Le clair-obscur est très apprécié en ce début du XVIIe siècle. On le retrouve particulièrement dans l’art religieux. Il permet de donner une gravité aux scènes représentées. De plus, il accentue l’émotion présente dans les figures sacrées. Cette technique répond aux écrits théoriques des artistes flamands. Ces derniers étudient l’expression de l’esprit à travers le dessin, l’esquisse ou la peinture. De par sa maîtrise, Rembrandt se distingue particulièrement dans la gravure. Il se présente comme le plus grand graveur de son temps. Roger de Piles, théoricien de l’art du XVIIIe siècle, parle d’une « suprême intelligence du clair-obscur ».
La Ronde de nuit : l’histoire d’un chef-d’œuvre mal compris
Rembrandt s’est fait connaître très tôt. Il a marqué les esprits notamment par ses portraits de groupe comme La Ronde de nuit (1642). Cette œuvre est conservée au Rijksmuseum. Intitulée initialement « La Compagnie de Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch », elle est emblématique de sa maîtrise absolue du clair-obscur. Pour les 350 ans de sa naissance, le musée lui consacre une rétrospective à découvrir à Amsterdam, jusqu’au 19 janvier 2020.
Le tableau a pourtant souffert de son jaunissement sous les couches de vernis. Ce phénomène est perceptible dès le XVIIIe siècle. L’œuvre devient si sombre qu’il reçoit le surnom de Ronde de nuit. Pourtant, la scène représentée est diurne. Cette obscurité n’était pas pour tous. Pour y avoir leur tête, les gardes à l’arrière-plan versent 100 florins chacun. En revanche, ceux qui veulent être dans la lumière déboursent des sommes bien plus élevées. Les efforts pour l’éclaircir se sont succédés depuis. Le Rijksmuseum d’Amsterdam conserve la toile depuis 1885. Le 8 juillet 2019, le musée a engagé une énième campagne de restauration. Celle-ci se flatte d’être la plus scientifique jamais entreprise. Cela coïncide avec une année riche en histoire. En effet, 2019 est l’année du 500e anniversaire de la mort du grand Léonard de Vinci. Mais qu’en est-t-il de Rembrandt van Rijn (1606-1669) ? Ce génie de la peinture flamande moderne fêtait alors la 350e année de sa mort.
Le style de Rembrandt : entre matière rugueuse et émotion pure
Souvent jugés rugueux et sales, les tableaux de Rembrandt présentent une matière atypique. Elle est très loin du canon lisse des peintres modernes. La vogue depuis la Renaissance est la reprise de la mimésis antique. Elle cherche le reflet de la réalité dans le cadre. C’est le miroir des peintres flamands comme Van Dyck. Avec eux, le tableau perd sa présence formelle d’œuvre d’art. Il brouille la définition du cadre dans lequel la scène se situe.
Rembrandt attire un public habitué au lisse et au « léché » par le côté rugueux de son œuvre. Pour lui, la peinture est un « métier » d’atelier. Il essuie ses pinceaux sur son tablier. Il fait des rehauts de couleur au couteau. De plus, il n’hésite pas à mettre les doigts pour créer une épaisseur unique. Rembrandt se désintéresse de l’illusionnisme. Ce courant nourrit pourtant la peinture hollandaise des Van der Weyden et Van Dyck. Le maître cherche à faire ressentir des émotions au spectateur par l’œil, mais aussi par le toucher. Dans le clivage « lisse – rugueux » qui sépare les écoles italiennes des écoles flamandes, Rembrandt se place à la frontière. Il présente une plus grande proximité avec ses homologues italiens qu’hollandais.
De la gloire à la solitude : la postérité romantique de l’artiste
Pendant toute sa carrière, Rembrandt a connu une popularité internationale. Ses œuvres furent d’une importance fondamentale pour l’histoire de l’art. Cela s’explique par les prouesses techniques qu’elles présentent. L’artiste propose aussi une représentation de la société de son époque qu’il traita avec beaucoup d’objectivité et d’exactitude.
Malgré cette reconnaissance de son vivant, Rembrandt meurt tragiquement. Il s’éteint seul et sans un sou. Sa renommée fut enterrée avec lui. Elle renaît peu avant l’avènement des Lumières, avec notamment Roger de Piles dans son Abrégé de la vie des peintres (1715). En effet, c’est au XIXe siècle, avec les peintres romantiques, que Rembrandt va retrouver une certaine reconnaissance. Cette gloire touche même la littérature. Il incarne en effet la légende romantique de l’artiste solitaire et incompris. Charles Baudelaire lui rend d’ailleurs hommage dans Les Fleurs du mal :
« Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures, Et d’un grand crucifix décoré seulement, Où la prière en pleurs s’exhale des ordures, Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement… » — Charles Baudelaire, Les Phares
> Le programme des 350 ans de Rembrandt