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dimanche 10 mai 2026
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La conférence de Kader Attia au Louvre

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Le Louvre a accueilli Kader Attia le 3 avril 2025 pour une performance singulière : une lecture intime. L’artiste franco-algérien, né en 1970, y a déroulé le fil d’une mémoire personnelle. Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), l’Algérie… il a livré un récit fragmenté, habité de blessures et de résistances.

La réparation

À travers ses mots, Kader Attia ne se raconte pas seulement : il questionne. L’identité, la transmission, les frontières visibles et invisibles. Il explore cet entre-deux qui forme la matrice de sa création. Depuis plus d’une décennie, l’artiste développe une réflexion singulière sur la réparation, notion qu’il étend bien au-delà du champ médical ou matériel. Il y voit une constante anthropologique, une réponse humaine aux blessures coloniales, identitaires, ou culturelles. La conférence du Louvre, tout en retenue, fait résonner cette obsession. Car que peut-on réparer dans un musée, si ce n’est le regard ?

Préserver la mémoire

La disparition de certains musées dans des pays fragilisés, évoquée au détour de la lecture, souligne l’urgence de préserver la mémoire collective. Kader Attia rappelle que la transmission passe par les lieux, les contextes, les voix. Le musée devient alors espace politique autant que poétique. Sans jamais tomber dans l’invective, Kader Attia glisse une critique du mécénat institutionnel. Il s’en prend notamment aux groupes pétroliers. Il invite à repenser les alliances et les responsabilités, à interroger les compromissions silencieuses du monde de l’art. Une posture qui n’est pas sans conséquences.

La Colonie

Fondateur en 2016 de La Colonie, espace aujourd’hui fermé, Kader Attia continue de porter la parole d’un décloisonnement des savoirs. Sa démarche transdisciplinaire, transculturelle et trans-générationnelle fait du lieu artistique un espace d’agora — aujourd’hui nomade — où les héritages abîmés peuvent être pensés à nouveaux frais. Son travail appelle à une décolonisation des esprits : pas seulement de l’histoire, mais des récits que nous en faisons.

> Le site de Kader Attia