Quand la réalité virtuelle réinvente la sortie culturelle : l’exemple du Trésor des Bâtisseurs

0
17

Avec Le Trésor des Bâtisseurs, la réalité virtuelle franchit un cap. Loin d’un simple dispositif spectaculaire, l’expérience s’affirme comme un outil de médiation culturelle à part entière, pensé pour être vécu collectivement. Parents, enfants et adolescents avancent ensemble dans l’Égypte antique, casque sur la tête, guidés par Mona, archéologue virtuelle conçue comme un véritable personnage de récit. La rédaction de Great a fait le voyage !

La production est signée Eclipso, entreprise française fondée en 2023, spécialisée dans les expériences culturelles immersives, déjà remarquée pour L’Horizon de Khéops, Sur les traces de Notre-Dame, Napoléon, l’épopée immersive ou encore Mondrian, la couleur en mouvement. Ici, l’innovation ne tient pas seulement à la technologie, mais à la façon dont elle redéfinit la relation au savoir.

Dès l’entrée dans l’expérience, le dispositif impressionne par sa fluidité. Pas de manipulation complexe, pas d’apprentissage préalable : le corps comprend immédiatement. Le visiteur marche, observe, lève la tête, se rapproche. « On dirait un jeu vidéo, mais sans manette », remarque un adolescent, surpris par la liberté de mouvement. Cette accessibilité est l’un des choix structurants d’Eclipso : faire oublier l’outil pour laisser place à l’expérience. Les décors monumentaux, la qualité des textures et le travail sur la lumière créent un sentiment de présence rarement atteint dans ce type de production.

L’innovation se joue aussi dans l’écriture. Mona n’est ni une voix off désincarnée, ni un simple guide pédagogique. Elle accompagne, interpelle, attend le groupe. Ce choix narratif transforme la visite en parcours partagé, où chacun avance au même rythme. Les adultes y trouvent un contenu historiquement solide, tandis que les plus jeunes s’attachent au personnage. Les enfants observent la pierre qui s’élève, les outils rudimentaires, les gestes répétés. Les parents reconnaissent les grandes étapes de la construction des pyramides. Le savoir circule sans hiérarchie apparente, porté par l’image et le mouvement.

Le parcours multiplie les séquences qui interrogent les certitudes visuelles. La reconstitution du Sphinx en couleur agit comme un déclencheur. « C’est étrange au début, mais en fait ça fait plus vrai », commente une lycéenne. Loin d’imposer une vérité figée, l’expérience donne à voir des hypothèses scientifiques, rend visibles les débats, invite à la discussion. « On se demande ce qui est sûr et ce qui ne l’est pas », observe un autre adolescent. Cette capacité à intégrer l’incertitude dans le récit constitue l’un des apports les plus intéressants de la réalité virtuelle appliquée aux sciences historiques.

Autre innovation notable : la dimension collective. Contrairement à de nombreuses expériences numériques pensées pour un usage individuel, Le Trésor des Bâtisseurs mise sur le groupe. Les réactions sont audibles, les échanges immédiats. L’apparition du chat Bastet déclenche des sourires. « On voudrait le toucher », lance un adolescent, oubliant un instant le casque. La technologie devient un support de conversation, et non un écran de séparation. « Ces quarante-cinq minutes m’ont semblé très courtes », confie une lycéenne à la sortie, surprise par son propre niveau d’attention.

Cette réception enthousiaste s’inscrit dans une évolution plus large des pratiques culturelles. En 2024, la fréquentation des expériences immersives a progressé de 20 à 30 %, portée notamment par les familles et les groupes scolaires. Longtemps cantonnée à l’événementiel ou au divertissement, la réalité virtuelle trouve désormais sa place dans le paysage culturel, à mi-chemin entre musée, spectacle et dispositif pédagogique. Elle répond à une attente claire : vivre le savoir plutôt que le contempler.

Avec Le Trésor des Bâtisseurs, Eclipso confirme une orientation stratégique : utiliser l’innovation technologique non comme une fin, mais comme un langage. Un langage capable de faire dialoguer générations, disciplines et sensibilités. La visite se termine, mais les discussions continuent. Sur les couleurs du Sphinx, sur la vie des bâtisseurs, sur ce que la technologie permet de comprendre du passé. La réalité virtuelle ne remplace pas les livres ni les musées, mais elle ouvre un espace nouveau : celui d’une connaissance incarnée, vécue, partagée.

Informations pratiques

Le Trésor des Bâtisseurs
Centres Eclipso – Paris, Lyon, Bordeaux – A Paris : 45 rue des Pirogues de Bercy, 12ᵉ
Tout public à partir de 8 ans
Durée : environ 1 heure, dont 45 minutes d’expédition immersive
Tarifs : de 25 à 32 euros
Lundi au vendredi : 14h – 20h
Week-end : 10h – 20h