Inventeur du mobile et figure majeure de la sculpture moderne, Alexander Calder (1898-1976) est au cœur de l’exposition « Calder. Rêver en équilibre » à la Fondation Louis Vuitton à Paris. Cette rétrospective retrace la biographie de l’artiste américain, de son arrivée à Paris en 1926 à ses sculptures monumentales, et met en lumière une œuvre qui a introduit le mouvement et le temps dans l’art du XXᵉ siècle. Du 15 avril au 16 août 2026.
Alexander Calder arrive à Paris en 1926 à un moment charnière de sa vie. Il a 28 ans, une formation d’ingénieur mécanique, et une histoire familiale qui pèse sans l’enfermer : père et grand-père sculpteurs, mère peintre. Il a longtemps résisté à cet héritage avant d’y revenir par une voie détournée, presque expérimentale. À Paris, il trouve ce que New York ne lui offrait pas encore : un espace où les disciplines se croisent, où l’art se pense collectivement, dans les cafés, les ateliers, les amitiés.
Fil de fer
134,6 x 25,4 x 22,9 cm
Calder Foundation, New York
© 2025 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris
Très vite, Calder s’impose par des œuvres qui déconcertent. Ses sculptures en fil de fer dessinent dans l’air des portraits reconnaissables en quelques lignes continues. Il ne modèle pas, il trace. Joséphine Baker, par exemple, devient une figure à la fois ironique et sensuelle, suspendue entre caricature et élégance. Ces œuvres frappent par leur immédiateté, mais aussi par leur intelligence spatiale : Calder pense déjà la sculpture comme un dessin en trois dimensions.
C’est dans ce Paris des avant-gardes qu’il invente le Cirque Calder, œuvre fondatrice autant que manifeste. Ce cirque miniature, qu’il transporte dans des valises, mêle sculpture, performance et narration. Calder anime lui-même ses personnages devant un public d’artistes et d’intellectuels. Fernand Léger, Jean Arp, Le Corbusier, Joan Miró, Jean Hélion, Piet Mondrian assistent à ces représentations. Le cirque n’est pas un divertissement annexe : il révèle une conception nouvelle de l’art, fondée sur le mouvement, le temps, la relation directe avec le spectateur.
La rencontre avec Piet Mondrian (1872-1906), en 1930, marque un tournant décisif. En découvrant l’atelier du peintre néerlandais, Calder est frappé par la manière dont l’espace entier devient composition. Il comprend que l’abstraction peut s’étendre au-delà de la surface du tableau. Dès lors, il abandonne progressivement la figuration pour explorer des formes abstraites en mouvement. Marcel Duchamp (1887-1968), proche de Calder, nomme ces œuvres des mobiles, soulignant leur instabilité et leur rapport au temps. Jean Arp (1886-1966) proposera en miroir le terme de stabiles pour les sculptures fixes.
À partir des années 1930, Calder se fait connaître à l’international. Installé aux États-Unis à partir de 1933, il maintient des liens étroits avec l’Europe. Il participe en 1937 au Pavillon de la République espagnole, aux côtés de Miró et Picasso, affirmant une position artistique et politique claire dans un contexte de montée des totalitarismes. Son travail circule, s’agrandit, change d’échelle. Les mobiles deviennent monumentaux, les stabiles investissent l’espace public.

« Tout comme on peut composer des couleurs ou des formes, on peut composer des mouvements. » Calder
Tout au long de sa vie, Calder travaille en dialogue constant avec d’autres artistes. Ses collaborations ne sont jamais décoratives. Elles nourrissent sa réflexion sur la forme, la couleur, l’espace. Il échange avec Duchamp sur le hasard, avec Miró sur la poésie des signes, avec les architectes sur l’intégration de la sculpture dans la ville. Il conçoit également des bijoux, des objets portables, comme autant de sculptures miniatures, prolongeant son vocabulaire formel à toutes les échelles.
Lorsque Calder meurt en 1976 à l’âge de 78 ans, il laisse une œuvre qui a profondément modifié notre rapport à la sculpture. En introduisant le mouvement réel, il a fait entrer le temps dans l’art. En travaillant entre la France et les États-Unis, entre l’atelier et l’espace public, entre le jeu et la rigueur, il a inventé une manière d’être artiste au XXᵉ siècle : mobile, ouverte, fondamentalement vivante.
L’exposition « Calder. Rêver en équilibre », l’une des plus importantes à ce jour consacrées à Alexander Calder, a été conçue en collaboration avec la Calder Foundation, principal prêteur. Ce sont ainsi près de 300 œuvres : mobiles et stabiles mais également des portraits réalisés à partir de fil de fer, des figures sculptées en bois, des peintures, dessins et bijoux, conçus comme de véritables sculptures. Tout au long d’un parcours chronologique, occupant plus de 3000 m2, les préoccupations artistiques fondamentales de Calder sont articulées : tout d’abord le mouvement mais aussi, la lumière, la réflexion, les matériaux humbles, le son, l’éphémère et la gravité.
Infos pratiques
Fondation Louis Vuitton https://www.fondationlouisvuitton.fr/fr













