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mercredi 13 mai 2026
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Fabienne Verdier à la Cité de l’architecture

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Les reliefs gothiques murmurent une présence immobile, à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris. Entre eux, les toiles monumentales de Fabienne Verdier vibrent comme des voix muettes. L’exposition « Mute » fait dialoguer l’abstraction de l’artiste avec la solennité des portails romans. Jusqu’au 16 février 2026.

La polysémie du silence

« Dans l’allée profonde, la lumière oblique est calme. La porte paisible, les saules hauts se dispersent. » Ce vers du poète chinois Wang Wei (701-761) semble flotter dans la galerie. Chez Fabienne Verdier, ile silence devient matière. Formée à la calligraphie en Chine, l’artiste a transfiguré cet héritage pour s’affranchir du signe. L’écriture devient flux. L’idéogramme s’ouvre au cosmos. Son art évolue de manière circulaire, non linéaire. Ses toiles incarnent le mouvement. Chaque trait, chaque vortex est le fruit d’une tension entre gravité et élévation. Verdier parle d’une “contemplation des forces que nous entendons” : le vent, le flux, le souffle… pour en extraire “des formes essentielles, minimales”.

Fabienne Verdier « Vide vibration n° 7 » (2017)

Métamorphose de la matière

Le titre, « Mute », joue sur le double sens anglais de “muet” et de “mutation”. Il évoque la mutation du geste en forme, du son en silence. L’exposition invite à ressentir sa résonance physique. Dans ce dialogue entre l’art contemporain et la pierre du Moyen Âge, le silence devient actif, porteur d’énergie. Comme une onde invisible entre deux temps. Celui des bâtisseurs et celui du geste contemporain. Parmi les moments de grâce, Trilogie (2018) s’impose comme une pièce charnière. Sur un fond bleu profond, la peintre déploie de grands gestes calligraphiques. Ce bleu agit comme une couleur matricielle, un espace de recueillement où le mouvement pictural devient acte spirituel. Chaque geste est une expérience d’élévation, héritée de son long apprentissage auprès des maîtres calligraphes chinois. Ainsi, dans Trilogie, le bleu rappelle le sens du sacré, non pas au sens religieux, mais comme une présence intérieure.

La gravité en geste

Dans la Galerie d’architecture médiévale, l’exposition prend tout son sens. Les architectes du Moyen Âge travaillaient, eux aussi, avec la gravité : le fil à plomb répond aujourd’hui au pinceau pendule. Les forces naturelles qu’ils cherchaient à rendre visibles dans la pierre trouvent un écho dans les tourbillons de peinture de l’artiste. La scénographie, déployée sur 1 450 m², épouse cette résonance : un archipel de formes serpentines, sans angle droit, guide le regard entre les œuvres et les portails sculptés. Les toiles semblent émerger des reliefs, comme si la peinture poursuivait la sculpture dans l’espace.

>Le site de Fabienne Verdier fabienneverdier.com