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Ferdinand Hodler au Palais Lumière d’Évian

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Le Palais Lumière d’Évian accueille l’exposition « Modernité suisse : l’héritage de Hodler ». Face au lac Léman, Les Heures Saintes (1911) de Ferdinand Hodler dialoguent avec plus de 140 œuvres d’artistes suisses. L’empreinte du peintre sur la modernité helvétique y est démontrée. Entre filiation assumée et volonté de rupture. Jusqu’au 17 mai 2026.

Autoportrait (1912), Ferdinand Hodler

Aux sources du parallélisme

Dans la pénombre matinale de son atelier genevois, au 89 rue du Rhône, en 1911, Ferdinand Hodler (1853-1918) élabore Les Heures Saintes. Loin des avant-gardes parisiennes, le peintre suisse travaille dans une atmosphère saturée de térébenthine et de pigments. Vêtues de tuniques bleues, les figures s’inscrivent dans une répétition silencieuse. Le peintre de 58 ans ne cherche pas à fragmenter le réel mais à en révéler l’ordre profond. Cette quête, qu’il nomme « parallélisme », repose sur la conviction que la nature est structurée par des rythmes, des symétries et des correspondances. Hodler est en phase avec la vision de l’Allemand Leibniz et de son idée d’harmonie préétablie. Sa philosophie : chaque élément du monde participe d’un tout ordonné.

Heures saintes (1911), Ferdinand Hodler

Eloge de la femme symboliste

Les Heures Saintes ne relèvent pas d’une commande officielle, contrairement aux grandes fresques historiques réalisées pour les institutions suisses. Il s’agit d’une œuvre de conviction, presque obsessionnelle. En multipliant les versions, il ne cherche pas la variation décorative mais l’épuisement du motif. Son espoir ? Atteindre cette « unité de sentiment » qu’il juge essentielle. L’exposition restitue avec justesse cette dimension intérieure, montrant comment cette œuvre charnière irrigue la réflexion des artistes suisses confrontés, eux aussi, à la tension entre symbolisme, abstraction naissante et ancrage dans le réel.

La loi secrète des montagnes

« Ce que je peins n’est pas un paysage, mais la loi secrète des lacs, des montagnes et des hommes qui leur ressemblent. » confie Hodler. En 1911, le cubisme analytique de Picasso et de Braque pulvérise la perspective. A la même époque, les Futuristes italiens exaltent la vitesse, la machine et la destruction du passé. Kandinsky vient de publier « Du spirituel dans l’art », ouvrant la voie à l’abstraction. Hodler, lui, poursuit une voie solitaire. Vers une simplification formelle tournée vers l’éternité des paysages alpins. Cette position de « géant isolé », à la fois dernier classique et premier moderne suisse, est au cœur du propos curatorial.

Vue de l’exposition : au premier plan, le Pont de Wiesen (1926) de Kirchner et dans la dernière salle, La Tailleuse de soupe de (1933) de Barraud.

Une scène suisse plurielle

Les peintres Eugène Burnand et Gustave Jeanneret incarnent d’autres réponses possibles à la question du « caractère suisse ». Face au symbolisme tendu et parfois violent de Hodler, Burnand oppose un naturalisme laborieux. Leurs œuvres dialoguent à distance. Au Guerrier furieux répond la figure paysanne du Faucheur. Le Taureau fribourgeois fait écho au Taureau dans les Alpes. Ce jeu de confrontations éclaire la pluralité des voies empruntées par les artistes suisses pour penser la nature, thème central du parcours. D’Oscar Luthy et son Requiem dans les Alpes (1909) à la gravure solennelle d’Édouard Vallet (L’Enfant mort, 1914), jusqu’au Pont de Wiesen (1926) de l’Expressionniste Kirchner. L’exposition montre comment l’héritage de Ferdinand Hodler se transmet dans un monde en profonde mutation.

Hodler, figure de proue

La célébration du centenaire de sa mort en 2018 a joué un rôle décisif dans sa redécouverte. Sa force créatrice, son sens du décor, sa peinture volontairement simplifiée le rapprochent de figures majeures telles que Puvis de Chavannes (1824-1898) et Auguste Rodin (1840-1917), auxquels il est alors fréquemment comparé. Si la France continue de le considérer comme un artiste périphérique, la Suisse en fait son peintre national, tandis que l’Allemagne et l’Autriche le reconnaissent comme l’un des fondateurs de l’art moderne. L’exposition d’Évian s’inscrit clairement dans cette dynamique de réévaluation, en rappelant que l’œuvre de Ferdinand Hodler ne relève ni d’une singularité isolée ni d’un héritage strictement national, mais d’un moment clé de la modernité européenne.

INFOS PRATIQUES PALAIS LUMIERE
Commissaires d’exposition : Pierre Alain Crettenand et Christophe Flubacher
Conseiller artistique du Palais Lumière : William Saadé
Scénographie : Julia Dessirier
Conception graphique : Nicolas Turki Duchesnay
Affiche : Ferdinand Hodler, Le Bûcheron, 1910. Musée d’Orsay, Paris. © GrandPalaisRMN. Musée d’Orsay / Gérard Blot