Le 9 février 1901 s’éteignait Severiano de Heredia, figure majeure de la République française, volontairement effacée de l’histoire nationale pendant plus d’un siècle. En 2026, soit il y a 125 ans, il mourait dans une indifférence presque totale. Premier et unique maire noir de la ville de Paris, il incarne pourtant l’un des parcours politiques les plus singuliers de la IIIᵉ République.
Né à Matanzas, à Cuba, d’un riche planteur espagnol et d’une femme née esclave, Severiano de Heredia arrive très jeune en France, où il est adopté, éduqué et naturalisé. Il choisit la République comme horizon politique et moral. Journaliste reconnu, directeur de publication, intellectuel engagé, il gravit méthodiquement les échelons de la vie publique : conseiller municipal, président du Conseil municipal de Paris en 1879, une fonction équivalente à celle de maire, député de la Seine, puis ministre des Travaux publics. À ce titre, il impulse notamment les premiers projets structurants du métro parisien, pensés comme un outil d’émancipation urbaine et sociale.

Mais à mesure que la République française se durcit dans son projet colonial, Severiano de Heredia devient une figure de plus en plus dérangeante. Sa couleur de peau, jusque-là tolérée tant qu’elle restait exceptionnelle, est instrumentalisée contre lui. Il est la cible d’un racisme violent et décomplexé : qualifié d’« hidalgo nègre », de « ministre en pain d’épice », caricaturé dans la presse, insulté dans l’hémicycle. Progressivement marginalisé, il est écarté des responsabilités, puis effacé de la mémoire collective.

À la suite d’un vœu du conseil municipal du 17e arrondissement confirmé par le Conseil de Paris et avalisé par la commission de dénomination des voies, places, espaces verts et équipements publics tenue le 10 septembre 2013, une rue reçoit le nom de Severiano de Heredia. En effet, il a habité près de la place des Ternes dans le 17e. Pourtant, Severiano de Heredia demeure largement méconnu, à l’image de tant d’autres figures noires que la République a gommées de son récit. Cet anniversaire n’est pas seulement un rappel historique. Il interroge notre présent.













