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Grand Palais : Matisse, le jaune intérieur

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Henri Matisse, "Le cauchemar de l'éléphant blanc" (1943) Centre Pompidou

Au Grand Palais à Paris, l’exposition consacrée à Henri Matisse (1869-1954) s’impose comme une lecture resserrée sur la fin de sa vie. Ce que montre l’accrochage, c’est moins une fin qu’un basculement : celui d’un peintre prolifique qui redécouvre le dessin comme nécessité vitale et surtout la couleur, en particulier un jaune irradiant de douceur. Du 24 mars au 26 juillet 2026.

Henri Matisse, « Intérieur rouge, nature morte sur table bleue » (1947)

Dès les premières salles, la césure de 1941 apparaît comme un point de non-retour. L’opération qui manque d’emporter Matisse à l’âge de 72 ans ne produit pas un repli, mais une intensification. « Une seconde vie », dira-t-il. Une formule qui traverse l’exposition comme un fil discret. Le dessin devient alors central, comme forme accomplie. Il s’impose dans la répétition, la série, l’obsession.

La nuit joue à cette époque un rôle déterminant. Les insomnies de Matisse ne relèvent pas seulement de l’anecdote biographique : elles structurent une pratique. Il dessine parce qu’il ne dort pas. Et dans cette temporalité suspendue, le geste se transforme. Les arabesques qui en résultent semblent portées par une douceur inattendue, presque méditative. Comme si le dessin, loin d’être un effort, devenait une respiration. Il réalise des travaux d’écriture souvent liés à des projets de livres illustrés. En témoignent, les lettrines des Poésies Antillaises de John-Antoine Nau ou encore les études de couverture des Fleurs du mal de Charles Baudelaire.

Cette recherche du signe trouve un écho direct dans la réflexion de Michel Pastoureau, notamment dans son ouvrage Jaune : histoire d’une couleur. L’auteur rappelle que « le jaune est une couleur instable, difficile à fixer, toujours menacée de dégradation ». Une remarque qui éclaire d’un jour nouveau la pratique tardive de Matisse. Car ce qu’Henri Matisse entreprend après 1941, c’est précisément de stabiliser la couleur, de lui donner une autonomie.

« Le jaune est la couleur qui avance vers le regard, qui ne reste jamais en place. » Michel Pastoureau

« Je découpe à vif dans la couleur », déclare t-il. À partir de 1943, Matisse s’empare pleinement de la couleur. Ce geste des papiers découpés, souvent présenté comme une solution pratique liée à son état de santé, apparaît ici comme une véritable révolution formelle. Les planches de Jazz illustrent parfaitement cette exigence. Le jaune y surgit comme une énergie. Il devient rythme, pulsation. Les formes découpées, épinglées, déplacées, composent un espace en mouvement.

Dans les dernières salles, cette organisation atteint une forme d’évidence. Les Nus bleus, par exemple, jouent sur un contraste radical. Le bleu découpe le corps, le jaune l’entoure, le porte, le met en tension. Pour Pastoureau, « le jaune est souvent utilisé pour mettre en valeur les autres couleurs ». Matisse inverse cette logique : il fait du jaune un acteur principal, non un simple révélateur. Cette inversion témoigne d’une liberté conquise. Loin de se plier aux conventions chromatiques, Matisse invente une nouvelle hiérarchie des couleurs, où le jaune occupe une place centrale.

À la sortie de l’exposition, la boutique Rmn du Grand Palais propose une déclinaison infinie de motifs matissiens. Le jaune change de statut. Il devient produit. Une critique s’impose alors : l’exposition montre un artiste en lutte. Mais elle s’achève sur une mise en marché qui en atténue la radicalité.

Informations pratiques
Exposition « Matisse 1941-1954 »
Au Grand Palais, entrée square Jean Perrin, Galeries 3 et 4
* Du 24 mars au 26 juillet 2026
* Du mardi au dimanche : 10h – 19h30
* Nocturne le vendredi jusqu’à 22h
* Plein tarif : 19 € / Tarif réduit : 16 € (abonnés, 18-25 ans, étudiants jusqu’à 30 ans, familles nombreuses) / Gratuit : moins de 18 ans, demandeurs d’emploi, visiteurs en situation de handicap, Pass Grand Palais, Carte Pop
* Podcast