Première édition du festival NOÛS, co-imaginée avec le magazine Fisheye Immersive : plus de 10 artistes investissent les archives de la Bibliothèque nationale de France pour produire des œuvres à partir de l’intelligence artificielle. Au programme : une dizaine d’installations, performances et expériences immersives, mais aussi plus de vingt tables rondes et une soixantaine d’intervenants. Du 9 au 19 avril 2026.
Le festival NOÛS s’ouvre sur une position claire : refuser une technologie « hors-sol » qui effacerait le créateur. Au contraire, il s’agit de réaffirmer le lien organique entre innovation et mémoire. Plus de 40 millions de documents issus des archives de la BnF deviennent ici une matière vivante, une « complexité du monde » offerte aux artistes. L’IA y est pas envisagée comme un outil d’exploration. Elle agit comme un pinceau capable de révéler des formes enfouies, d’interroger notre rapport au réel. Dans un contexte où la défiance envers les images synthétiques s’intensifie, le festival NOÛS propose de replacer la création au centre.
Des artistes face aux archives : une matière infinie
Pendant plusieurs mois, une dizaine d’artistes ont travaillé à partir des fonds de la BnF. Résultat : une diversité de pratiques qui témoigne de la plasticité de l’IA. Justine Emard explore la figure de la sirène à travers des réseaux neuronaux nourris par les archives de Gallica, donnant naissance à une installation immersive où la créature oscille entre mythe et entité algorithmique. Le collectif Obvious travaille sur des dessins botaniques anciens pour générer des espèces fictives, entre science et spéculation écologique.
Audrey Large utilise l’IA pour combler les silences de l’histoire, reconstituant des savoirs médicaux féminins effacés.
Hybridations techniques : du textile à la 3D
L’un des points forts de NOÛS réside dans la diversité des médiums. Ainsi, l’IA infiltre la matière. Le studio RETINAA et Alexandra Mocanu croisent cartographie, données géospatiales et broderie traditionnelle. Le duo Kimchi and Chips transforme un texte censuré en expérience visuelle évolutive, où la lecture devient physique. Tobias Gremmler imprime en 3D les mouvements de danseurs, figeant le geste dans une forme en mutation permanente. Spécialisé dans l’art numérique, il a notamment créé une vidéo « Kung Fu Motion Visualization » représentant les mouvements effectués par les sportifs. Il a également réalisé en 2022, le clip À tout jamais de Mylène Farmer. Ce dialogue entre techniques anciennes et technologies avancées rappelle une évidence souvent oubliée : chaque innovation artistique s’inscrit dans une continuité matérielle.
Performances et pensée critique
Le festival propose trois jours de conférences et de tables rondes réunissant artistes, chercheurs et institutions internationales. Les enjeux abordés sont concrets : souveraineté des données culturelles, transformation des pratiques artistiques, propriété intellectuelle, rôle des artistes dans le développement technologique. Des performances, comme celles de Joan Sandoval ou du collectif Les 7 Doigts, mettent en scène la co-création en temps réel entre corps et machine. L’IA y apparaît moins comme un outil que comme un partenaire instable, imprévisible. Dans cette perspective, l’IA s’affirme comme un révélateur : elle met en lumière les angles morts de l’histoire, mais aussi les fragilités de notre rapport au réel. En s’appuyant sur le patrimoine, le festival NOÛS propose une réponse : créer demain ne doit pas signifier effacer hier, mais en approfondir la lecture. Une première édition qui s’impose déjà comme un jalon dans la réflexion contemporaine sur l’art et la technologie.














