Accueil ART CHEFS-D'ŒUVRE Francis Bacon : la série des “Human Body” présentée chez Gagosian

Francis Bacon : la série des “Human Body” présentée chez Gagosian

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À Paris, la Galerie Gagosian consacre une exposition aux œuvres tardives de Francis Bacon. Trois toiles suffisent à mesurer la puissance intacte d’un peintre qui, toute sa vie, aura cherché à « rendre le cri humain ». Du 11 avril au 30 mai 2026.

Francis Bacon dans son atelier de la rue de Birague, Paris, 1980. Photo : Edward Quinn

Né à Dublin en 1909, chassé de chez lui à 16 ans par un père militaire en raison de son homosexualité, Francis Bacon construit son œuvre dans une forme d’exil permanent. Berlin, Paris, puis Londres : ses déplacements façonnent une vision du monde instable. Une vision marquée par la violence des rapports humains. Très tôt, le peintre détruit ses propres toiles, refusant toute facilité. Sa vie est traversée d’excès et de drames dont la mort de son ami George Dyer. La peinture devient la chair d’une vérité brute. À sa mort en 1992, Francis Bacon s’impose comme une figure majeure, capable de réinventer la figuration à rebours de toute narration.

Trois toiles qui résument le corpus torturé de Francis Bacon

Les œuvres des années 80 présentées à la galerie Gagosian, rue de Castiglione à Paris, prolongent une recherche amorcée dès les années 1950, notamment avec la série des Man in Blue. Dans Man in Blue VII (1954), exposé à la Biennale de Venise, Francis Bacon enferme déjà une silhouette masculine dans une cage spatiale, sur fond sombre oscillant entre bleu et noir. Cette figure anonyme inspirée d’un homme d’affaires croisé dans un bar incarne une solitude moderne, presque clinique. Le décor est réduit à une armature verticale, l’espace devient une contrainte. Tout est déjà là : isolement, tension, déformation.

Son rapport à l’espace atteint une intensité rare dans les œuvres tardives

Les figures de Francis Bacon ont placées dans des structures géométriques : cubes, cercles, lignes… Elles agissent comme des cages mentales. L’espace est frontal, théâtral, souvent vide, mais chargé d’une tension invisible.

«Je veux donner la sensation sans le procédé de la sensation.» Francis Bacon

Gilles Deleuze décrivait cette peinture comme une manière de rendre visibles les forces. Dans Study from the Human Body—Figure in Movement (1982), le corps semble suspendu dans une boîte transparente, pris dans un jeu de reflets instables inspirés des décompositions de Eadweard Muybridge. L’espace fragmente, dédouble, désoriente.

Dans Man at a Washbasin (1989-1990), l’espace se referme. La scène devient presque étouffante. Le corps voûté, proche des figures sculptées par Auguste Rodin, semble absorbé dans une architecture minimale. La tonalité grise accentue cette impression d’enfermement intérieur.

Une sensation vive, violente, au plus près du système nerveux

Depuis les fonds fluides et colorés des années 1950 jusqu’à l’austérité des œuvres tardives, Francis Bacon n’a cessé d’épurer son langage pour atteindre une forme de sensation pure. 30 ans après la rétrospective du Centre Pompidou en 1996, elle rappelle que chez Francis Bacon, l’espace est l’instrument même du mouvement, et du vivant.

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