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dimanche 8 novembre 2026
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Qui est Mireille Loup ? L’artiste qui dissèque nos névroses

Autoportrait de l’artiste et vidéaste suisso-française Mireille Loup
Autoportrait de l’artiste et vidéaste suisso-française Mireille Loup (2015)

Mireille Loup n’a pas fini de nous surprendre. Cette artiste plasticienne et vidéaste suisso-française met en ligne l’intégralité de ses vidéos sur son site officiel mireilleloup.com. Elle offre ainsi un regard décalé, drôle et implacable sur notre société. Mireille Loup excelle dans l’art de filmer la médiocrité humaine avec une lucidité parfois cruelle. Son œuvre globale explore la relation à l’autre sans aucun filtre et avec un cynisme jubilatoire.

De la saga « Henri » à la maternité : vingt ans de vidéos sans filtre

Mireille Loup se fait remarquer dès les années 90 avec l’excellente trilogie vidéo intitulée « Henri ». Elle s’y met en scène dans la peau d’une dizaine de personnages féminins extrêmes. Le spectateur voyage de la pauvre fille amoureuse à la pire des chiennes. L’artiste y décortique la rencontre, la vie de couple puis la séparation. Elle poursuit cette autopsie des relations humaines dans « Mettons-nous à table » où se mêlent disputes et complicité.

À l’âge de trente ans, la vidéaste écrit et réalise logiquement « Une femme de trente ans » (2001), en réponse à la nouvelle d’Honoré de Balzac publiée en 1842. Publié aux éditions Filigranes, le livre est « destiné aux personnes égoïstes, ou simplement heureuses face à leur solitude, ayant abandonné l’idée d’une vie de couple ».

Mireille Loup documente ensuite sa propre grossesse en 2005 avec les chroniques réjouissantes de « Grosse » qu’elle diffuse un an plus tard. Ce journal intime évite tous les clichés niais sur la maternité. Mireille Loup filme un corps lourd et expose ses inquiétudes majeures de future mère. Le résultat final s’avère à la fois truculent, lucide et profondément grinçant. Elle récidive deux ans plus tard avec la vidéo « Banane et Petit Suisse ». L’artiste installe son écran au fond d’un parc pour enfant en bois blanc. A la galerie Magda Danysz de Paris, le spectateur doit se pencher physiquement sur la structure pour observer ce décor de salon aseptisé.

Le phénomène international Mem et l’art de la parodie sociale

Mireille Loup imagine le dispositif photographique et audiovisuel « Mem » en 2009 et produit la vidéo « Encore des bisous » montrant un bambin qui réclame de l’affection en boucle. Ce film fait face à « La bouchée » où le même enfant avale goulûment une substance mystérieuse. Ces deux œuvres font référence au besoin vital d’être nourri et d’être aimé pour un nourrisson. En regard de ces vidéos, un ensemble photographique met en scène une femme et un enfant dans des photomontages représentant le pouvoir des femmes dans la procréation, leur émancipation et leurs drames intérieurs.

La galeriste Magda Danysz invite l’artiste à produire ce travail à Shanghai lors d’une résidence d’artiste avant qu’il soit exposé à Arles et au Portugal. La galeriste diffuse à cette occasion les vidéos Henri et Divorced qui ont un retentissement inattendu auprès du public asiatique. Mireille Loup manie aussi la satire politique avec une ironie mordante. Sa série « Epoque 2009 » adopte les codes esthétiques du cinéma muet pour parodier la crise économique mondiale. Elle y croque les nouveaux pauvres et le retour forcé aux petits métiers de rue. Le festival Hors d’œuvre, installé plusieurs années à Shanghai, diffuse ce court-métrage qui est traduit et remasterisé en chinois.

L’artiste signe en 2015 un auto-filmage intitulé Syndrome, une vidéo performance sur la bêtise et l’invitation à un suicide collectif pour tenter de sauver notre planète pour se tourner vers le genre du film muet qu’elle écrit et produit avec des adolescents et des institutions muséales ou avec des enfants en situation de handicap intellectuel.

Mireille Loup, "The Last word", Untitled#01
Mireille Loup, « The Last word », Untitled#01

The Last Word : Laisser place au souffle

Inspirée par le mythe d’Écho chez Ovide condamnée à voir son corps se muer en roche jusqu’à ne laisser subsister qu’une voix, la série « The Last word » interroge ce qui persiste lorsque le langage se retire. À travers des photomontages aux strates superposées, Mireille Loup façonne des paysages illusoires (montagne, bois, eau) qui agissent comme de véritables surfaces de résonance et des seuils de conscience où les mots n’ont plus cours. Ce voyage plastique se prolonge dans des installations vidéo en 4K où le temps se dilate, mêlant courses essoufflées dans les herbes et mouvements imperceptibles de la nature.

Déployée en trois volets réactualisant les lieux du mythe (la pierre où la voix demeure, le couvert où l’on se retire, le miroir où l’on se perd), l’œuvre invite à une méditation active et immersive. Le rythme des images et des sons épouse celui de la respiration du spectateur pour l’entraîner vers une écoute profonde, faisant du silence non pas une simple absence, mais une matière vivante dont le dernier mot reste ouvert. Cette série de Mireille Loup (intitulée à l’origine Eccho) a débuté en 2024 et est toujours en cours de création.

> Découvrir le site mireilleloup.com

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