Tout le monde a oublié son nom, et pourtant ! James Holman fut le premier « touriste » à effectuer un tour du monde au tout début du XIXe siècle, d’Ouest en Est, allant de l’Europe à la Sibérie, puis de l’Amérique du Sud à l’Australie. Très célèbre en son temps, il totalisera ainsi quelque 400 000 kilomètres au cours de sa vie. Particularité, et non des moindres : il était aveugle.

Son salut viendra du mouvement : « Voyager en solitaire était la collision du chaos et de l’élan », écrira-t-il dans ses récits de voyage. Ayant achevé des études de médecine à Edinbourg pour « mieux se soigner » lui-même, il s’élance sur les routes, muni de sa canne et de son noctographe -un ingénieux système mécanique de prises de notes -, en privilégiant la voie terrestre, puis maritime. Sa devise résume à elle seule sa philosophie : « Je souhaite triompher et non vaincre. Ne me coupez pas les ailes. »
Autant dire que son chemin fut semé de cataclysmes ! En ce début de XIXe siècle, il n’existe ni trains, ni calèches, ni bateaux de tourisme pour rallier les points du globe, pas plus qu’il n’existe de guides de voyage. Les routes sont défoncées, voire inexistantes, les maladies et la violence sont omniprésents, les cultures et les langues inextricables et les exigences administratives dantesques. Il faut sans cesse présenter visas, autorisations administratives, laisser-passer et autres lettres de recommandation pour joindre une ville à l’autre, un pays à l’autre. Résultat : James Holman se déplace la plupart du temps clandestinement, « de sorte que s’il venait à être expulsé, cela ne ferait qu’accélérer son voyage. » Ce qui advint précisément en Russie, après une traversée apocalyptique de la Sibérie marécageuse : voulant embarquer pour la Mongolie, il est ramené manu militari à la frontière avec la Pologne, au bord de l’agonie après que la police politique lui a fait parcourir 8000 kilomètres d’une seule traite par -50°c.
« Je vois mieux les choses avec mes pieds » affirmait celui qui finira par financer ses périples grâce au succès de ses récits de voyage. Ses circumnavigations lui donnèrent l’occasion de découvrir îles et côtes inexplorées et d’échapper à de multiples naufrages. Ses pérégrinations lui permirent aussi de rencontrer les plus grands explorateurs et savants de son temps. Admis à la prestigieuse Royal Society en 1834, il bénéficiera même de la reconnaissance de Charles Darwin, le père de la théorie de l’évolution, qui salua la précision scientifique de ses écrits.
Surnommé tour à tour le « voyageur aveugle » ou « l’invalide fantasque », James Holman n’en a pas moins sombré dans l’oubli. Raison de plus pour le redécouvrir.
Aude Seyssel
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