Victoria Woodhull est une figure de l’Histoire dont la trajectoire ressemble à un collage surréaliste, une accumulation d’épisodes si hétéroclites qu’ils défient le réel. Une femme si excentrique qu’on finirait par douter de son existence si les dictionnaires ne l’avéraient pas. Qu’on en juge : fille d’un escroc de l’Ohio, aventurière, elle commença sa carrière comme vendeuse d’élixirs miracles avant de devenir rien de moins que la première femme candidate à la présidence des États-Unis face à Ulysses S. Grant en 1872 ! Elle fit fortune en ouvrant le premier cabinet de courtières en bourse à Wall Street aux côtés de sa sœur Tennessee, fut une suffragette fervente, prôna l’amour libre, et fut aussi une voyante autoproclamée affirmant lire dans l’avenir de la haute finance comme dans les arcanes de l’au-delà.
Un tel personnage aurait pu mériter que l’on retrace son parcours dans un récit académique. Cela a déjà été fait en 2020 par Nicole Blondeau dans Victoria la scandaleuse. C’est donc une toute autre voie qu’a choisie Maxim Schwartz dans son premier roman, Le Dernier présage de Victoria Woodhull, aux éditions Philippe Rey. Avec délicatesse, l’auteur choisit de ne pas peindre la fresque et les frasques de sa vie publique, ses trois mariages et les rebondissements incessants de son destin, mais de décrire le crépuscule décalé d’une idole. En commençant par ces mots : « Le trente-huitième jeudi de ses quatre-vingt-huit ans, Victoria Claflin Woodhull Blood Martin annonça à son domestique qu’aujourd’hui elle allait mourir. »

Au-delà de ce destin hors norme, Maxim Schwartz signe une jolie réflexion sur la puissance de la fiction. Son héroïne a passé sa vie à se réinventer, utilisant le spiritisme et la politique comme des paravents contre la médiocrité du monde. Est-elle une imposture ou une visionnaire ? Le romancier ne tranche pas, préférant célébrer le panache et la grandeur de celle qui choisit de scénariser son dernier soupir comme elle dictait autrefois ses oracles, avec une superbe ironie. S’agissant d’un premier roman, on regrette parfois quelques baisses de régime dans le rythme de ce tête-à-tête grandiloquent. Mais ce sont là de menus péchés de jeunesse face à l’élégance de la plume. Une belle surprise à découvrir.
Aude Seyssel
Le dernier présage de Victoria Woodhull
Roman de Maxim Schwartz
Date de parution : 20/08/2026
Format :14,5 x 22 cm
Pages : 160
Prix : 17.00 €
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