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vendredi 3 juillet 2026
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[Éd. Rey] « Le dernier présage de Victoria Woodhull » de Maxim Schwartz

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Portrait de Victoria Woodhull façon Harcourt avec IA
Portrait de Victoria Woodhull façon Harcourt avec IA

Victoria Woodhull est une figure de l’Histoire dont la trajectoire ressemble à un collage surréaliste, une accumulation d’épisodes si hétéroclites qu’ils défient le réel. Une femme si excentrique qu’on finirait par douter de son existence si les dictionnaires ne l’avéraient pas. Qu’on en juge : fille d’un escroc de l’Ohio, aventurière, elle commença sa carrière comme vendeuse d’élixirs miracles avant de devenir rien de moins que la première femme candidate à la présidence des États-Unis face à Ulysses S. Grant en 1872 ! Elle fit fortune en ouvrant le premier cabinet de courtières en bourse à Wall Street aux côtés de sa sœur Tennessee, fut une suffragette fervente, prôna l’amour libre, et fut aussi une voyante autoproclamée affirmant lire dans l’avenir de la haute finance comme dans les arcanes de l’au-delà.

Un tel personnage aurait pu mériter que l’on retrace son parcours dans un récit académique. Cela a déjà été fait en 2020 par Nicole Blondeau dans Victoria la scandaleuse. C’est donc une toute autre voie qu’a choisie Maxim Schwartz dans son premier roman, Le Dernier présage de Victoria Woodhull, aux éditions Philippe Rey. Avec délicatesse, l’auteur choisit de ne pas peindre la fresque et les frasques de sa vie publique, ses trois mariages et les rebondissements incessants de son destin, mais de décrire le crépuscule décalé d’une idole. En commençant par ces mots : « Le trente-huitième jeudi de ses quatre-vingt-huit ans, Victoria Claflin Woodhull Blood Martin annonça à son domestique qu’aujourd’hui elle allait mourir. »

Nous sommes donc un jeudi de 1927, dans le silence de plomb d’un manoir anglais du Worcestershire. L’ancienne pasionaria de New York est désormais une vieille femme riche, recluse mais fière, qui orchestre son monde, régente sa domesticité et évolue parmi ses propres visions. Loin de subir le poids des ans, elle déploie une gaieté souveraine et un orgueil intact. La mort ne l’effraie pas : elle la choisit, la planifie et la scénarise comme son ultime chef-d’œuvre. Dans le manoir s’ébrouent chiens, chats et perroquets sous le regard attentif et fasciné d’un personnel entièrement dévoué à ses manies. On est loin ici de l’ambiance pesante des Vestiges du jour, le film de James Ivory où Anthony Hopkins incarne un majordome enfermé dans son devoir au sein d’une demeure aristocratique figée. Face à cette reine altière qui refuse de céder à toute forme de mélancolie, se tient en effet Ménélas, son jeune domestique français. Entre la vieille dame et ce jeune homme mutique rescapé des tranchées, s’instaure un ballet de fantômes. Ménélas porte en lui les fêlures béantes de la Grande Guerre, le traumatisme d’une Europe qui vient de s’effondrer. Face à la fragilité de ce serviteur qui a vu son monde se dissoudre dans la boue, Victoria oppose l’éclat de ses prophéties et de ses souvenirs magnifiés, brandis comme le triomphe de l’esprit sur le néant. Ce parallèle, esquissé avec retenue, donne au récit sa profondeur: L’excentricité d’un XIXe siècle américain triomphant fait face aux blessures d’un XXe siècle européen né dans la douleur.

Au-delà de ce destin hors norme, Maxim Schwartz signe une jolie réflexion sur la puissance de la fiction. Son héroïne a passé sa vie à se réinventer, utilisant le spiritisme et la politique comme des paravents contre la médiocrité du monde. Est-elle une imposture ou une visionnaire ? Le romancier ne tranche pas, préférant célébrer le panache et la grandeur de celle qui choisit de scénariser son dernier soupir comme elle dictait autrefois ses oracles, avec une superbe ironie. S’agissant d’un premier roman, on regrette parfois quelques baisses de régime dans le rythme de ce tête-à-tête grandiloquent. Mais ce sont là de menus péchés de jeunesse face à l’élégance de la plume. Une belle surprise à découvrir.

Aude Seyssel

Le dernier présage de Victoria Woodhull
Roman de Maxim Schwartz
Date de parution : 20/08/2026
Format :14,5 x 22 cm
Pages : 160
Prix : 17.00 €