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Musée postal : Laurent Pernot fait entendre les mots d’amour en temps de guerre

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Laurent Pernot, "nature morte" (2015)
Laurent Pernot, "nature morte" (2015)

Et si l’Histoire ne s’écrivait pas seulement avec des traités et des batailles, mais aussi à l’encre des sentiments ? Avec cette carte blanche, le Musée postal (anciennement Musée de La Poste) à Paris invite l’artiste Laurent Pernot à faire revivre des fragments de lettres d’amour écrites en temps de guerre.

En plongeant directement dans les archives du musée, Laurent Pernot a exhumé des courriers bouleversants, du Siège de Paris par l’armée prussienne en 1870 jusqu’aux conflits contemporains. Autant de témoignages poignants de la tendresse, de l’attente et de l’absence, où l’on découvre des mots griffonnés à l’encre, parfois tracés avec son propre sang face à un destin tragique. Une traversée mémorielle et intime à découvrir jusqu’au 15 février 2027.

Laurent Pernot - Correspondances de guerre (2026)
Laurent Pernot – Correspondances de guerre (2026)

Des lettres comme derniers fragments de tendresse

Parmi ces courriers marqués par l’attente et l’absence surgit une correspondance inestimable : celle échangée entre Jean Cocteau et Jean Marais en juillet 1940, alors que l’acteur se trouve sur le front. S’emparant de ces quelques lignes, Laurent Pernot en prolonge l’écho en sculptant des mots en bois brûlé, recopiés à la main dans l’écriture même de Cocteau pour composer un mobile poétique et aérien. Une œuvre suspendue qui s’achève sur un vibrant « Je t’adore », délicatement souligné par la traditionnelle étoile-signature de l’artiste.

Laurent Pernot, Lettres aux vents (2026)
Laurent Pernot, Lettres aux vents (2026)

Quand les mots poursuivent leur voyage

A travers “Lettres aux vents”, Laurent Pernot réinterprète des dizaines de correspondances transportées par “ballons montés” pendant le Siège de Paris qui vit les Prussiens encercler la capitale. Imprimés sur un papier japonais puis assemblés en un mobile aérien, des fragments de phrases rehaussés de feuille d’argent semblent reprendre leur voyage et porter au vent leurs messages.

Plus loin, la projection vidéo Ne songer qu’à t’aimer opère un pont troublant entre les époques. L’installation fait défiler des extraits de correspondances amoureuses rédigées par des anonymes en temps de guerre, mais les met en scène sous la forme d’une conversation par messagerie instantanée moderne. En adaptant ces archives à l’esthétique de nos écrans contemporains, l’œuvre crée l’illusion d’un dialogue en temps réel et révèle, avec une fulgurante modernité, l’intemporalité de l’urgence et de l’amour face à l’épreuve du feu.

Une exposition sur la fragilité et la permanence

Une boîte aux lettres associée à une bicyclette, toutes deux figées sous le givre, prolonge cette réflexion poétique sur le temps arrêté. L’ensemble fait directement écho au célèbre vélo utilisé dans le film Jour de fête de Jacques Tati (1949), conservé au quatrième étage du musée. Si cette bicyclette évoque traditionnellement le trajet familier du facteur, la circulation du courrier et la promesse infaillible que les mots parviendront à bon port, la scène est ici comme suspendue. Le givre immobilise le décor, et la boîte aux lettres, ornée de la simple mention « mon amour », semble incapable de livrer son secret. Le temps s’est brusquement figé dans cet intervalle suspendu entre l’instant où le message est confié au monde et celui, incertain, où il espère toucher son destinataire.

Laurent Pernot, Les missives (2026)
Laurent Pernot, Les missives (2026)

La grande délicatesse de cette exposition tient finalement à la manière dont Laurent Pernot évite de cantonner ces correspondances au simple registre du passé. Formé à la photographie avant de passer par Le Fresnoy, l’artiste plasticien poursuit ici un travail au long cours profondément ancré dans la question du temps, de la mémoire, de l’amour et de la disparition. En croisant vidéo, photographie, peinture, sculpture et installation, des médiums qu’il n’a cessé d’explorer dans ses projets précédents pour sonder les traces du passage du temps et l’empreinte des absents, il façonne de véritables espaces de contemplation. Il trouve dans ces archives postales une matière particulièrement sensible pour prolonger son œuvre : l’écriture manuscrite, arrachée au silence de la guerre.

> Le site de Laurent Pernot