Le carré noir qui bascule. Les quatre lettres de Canal+ en police bâton. L’identité visuelle du PSG ou le générique culte de M6. Même sans connaître son nom, vous vivez dans l’œil d’Étienne Robial depuis quarante ans.
Né à Rouen en 1945, cet architecte du regard est bien plus qu’un graphiste. Il est l’homme qui a imposé une grammaire visuelle d’une efficacité redoutable au paysage médiatique français. Figure tutélaire d’une esthétique sans concession, il a su marier l’effervescence de la bande dessinée à la discipline chirurgicale de l’école suisse. Il a ainsi transformé durablement notre façon de lire et de regarder les images.
Une forge académique entre France et Suisse
Le socle de son talent se forge dès la fin des années 1960. Il passe d’abord par les Beaux-Arts en France. Puis il s’exile à l’école des Arts et Métiers de Vevey, en Suisse. C’est là, au contact des maîtres de la typographie helvétique, qu’il acquiert sa signature. Il y apprend le culte de la grille et le respect de la lettre. Il y développe une gestion magistrale de l’espace. En 1970, il débute comme directeur artistique chez Barclay et Filipacchi. En 1972, il marque un premier tournant historique. Il co-fonde alors la maison d’édition Futuropolis.
Futuropolis : l’invention du livre d’images moderne
Pendant vingt ans, il dirige Futuropolis. La maison devient le laboratoire d’un « neuvième art » exigeant. Étienne Robial n’y est pas qu’un simple éditeur. Il est le metteur en scène du génie des autres. Il offre à Tardi, Baudoin ou Florence Cestac des écrins de papier d’une qualité inédite. Le livre devient sous sa main un système graphique global. « Étienne a apporté une noblesse architecturale à la bande dessinée », disent de lui ses contemporains. Il ne se contente pas de publier des images. Il structure une pensée visuelle. Son catalogue compte plus de 450 titres et 30 collections originales.
La révolution Canal+ et l’habillage d’antenne
Cependant, sa révolution la plus spectaculaire a lieu sur le petit écran. En 1982, il fonde On/Off. Il crée ainsi le concept d’habillage d’antenne, une discipline alors quasi inexistante. En 1984, Canal+ est lancée. Il balaie les paillettes et la 3D naissante. Il impose un minimalisme radical. Il utilise des couleurs primaires, une typographie bâton et une géométrie immuable. Il reste directeur artistique de la chaîne cryptée jusqu’au milieu des années 2000. Il conçoit le logo des chaînes du groupe, 4700 génériques et un système graphique reconnaissable entre tous. Ses créations durent sans se démoder. Son influence s’étend rapidement à M6, La Sept (ancêtre d’Arte) ou RTL9. Il est l’homme qui a appris à la télévision à se taire pour mieux se faire voir.
Un créateur d’identités institutionnelles
Son empreinte dépasse les frontières du média cathodique. Il signe le logo du Paris Saint-Germain et celui du CNC. Il dessine l’identité des éditions Verticales. Étienne Robial prouve que le graphisme est une science de la proportion et de la durée. Son autorité est mondiale. Il est membre de l’Alliance Graphique Internationale (AGI). En 2006, il reçoit le prestigieux Outstanding Achievement Award au Promax-BDA.
Consécration et héritage d’un maître de l’épure
Il est aussi un homme de transmission. Il fut longtemps professeur à l’ESAG-Penninghen. En 2023, le Musée des Arts Décoratifs de Paris lui a consacré une rétrospective. L’ouvrage de référence É.R. Étienne Robial : Graphisme & Typographie a accompagné l’événement. Ce livre permet de mesurer l’ampleur de son héritage. Le monde actuel est saturé d’images éphémères. Pourtant, Étienne Robial continue de défendre sa vision. Pour lui, chaque ligne a une fonction et chaque vide a un sens. Il reste le dernier des classiques. Le graphisme n’est pas pour lui une question de mode. C’est une question d’équilibre.