Arman à la mairie de Paris 17e : un drapeau pour repenser la nation

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Inauguration de l'exposition ARMAN le 12 décembre 2025 à la mairie du 17e Paris

La mairie du 17e arrondissement de Paris présente une exposition consacrée à Arman pour les 20 ans de sa disparition. Sous le commissariat de Gérard Bosio, historien de l’art et fin connaisseur des dialogues culturels entre la France et l’Afrique de l’Ouest, le hall-galerie réunit une dizaine d’œuvres choisies pour éclairer la diversité des techniques de l’artiste : tampons, peintures, accumulations et interventions sculpturales. L’ensemble se concentre sur les œuvres qui interrogent les symboles collectifs et la place de l’individu face à eux. À découvrir, jusqu’au 31 janvier 2026.

Ponctué de coups de tampons rappelant ceux des passeports, le drapeau d’Arman (1928-2005) transforme l’emblème national en un lieu de tensions. L’artiste fait ressortir ce que la nation contient d’identités, d’empreintes et de récits politiques. Le commissaire, Gérard Bosio, replace cette pièce dans un horizon plus large. Lui, qui a longuement travaillé sur les échanges artistiques entre Paris et Dakar, rappelle la relation qu’Arman entretenait avec Léopold Sédar Senghor, poète, penseur de la négritude et premier président du Sénégal. Leur dialogue, nourri d’admiration réciproque, abordait la place de l’art dans la construction collective et la nécessité d’un imaginaire partagé.

« Un peuple, un but, une foi »

C’est dans ce contexte que Gérard Bosio introduit la devise sénégalaise, adoptée en 1960 au moment de l’indépendance : une formule qui condense l’unité nationale, la direction commune et la confiance dans l’avenir. Mise en regard du drapeau tamponné d’Arman, elle révèle une autre manière de penser le lien national, fondée sur l’élan collectif plutôt que sur la seule marque administrative.

Gérard Bosio rappelle également les affinités entre Arman, Senghor et Georges Pompidou, dont la politique culturelle a durablement encouragé la circulation des artistes et des idées. Ces échanges invitent aujourd’hui à renouer des liens avec le Sénégal, dont l’histoire artistique moderne reste profondément entremêlée à celle de la France. L’exposition à la mairie du 17e s’inscrit dans cette perspective : relire Arman, c’est relire aussi un réseau de dialogues transnationaux.

Le drapeau d’Arman s’inscrit en écho d’une œuvre plus connue de l’artiste : en 1984, le Président de la République François Mitterrand lui commande une sculpture à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française. L’œuvre, intitulée Hommage à la Révolution de 1789, représente une accumulation de drapeaux flottants, reposant sur un socle de marbre. Arman y recherche un effet de foisonnement, inspiré des rues pavoisées visibles chez Monet et de l’atmosphère de Delacroix dans La Liberté guidant le peuple. Installée dans l’entrée d’honneur du palais présidentiel, la sculpture rappelle la portée symbolique du drapeau national.

Les estampes, bronzes, accumulations présentées ici montrent la puissance du geste d’Arman lorsqu’il manipule les signes. Dans un lieu civique comme une mairie, ce choix prend une résonance particulière : le drapeau, l’administration, la mémoire matérielle deviennent autant de prismes pour interroger ce qui fonde le vivre-ensemble. L’exposition ne se contente pas de rendre hommage à un maître du Nouveau Réalisme ; il rouvre, avec concision, un débat contemporain sur ce qu’une nation choisit de montrer, de transmettre et de transformer.