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Parcours Art Déco dans Paris 17e : 12 bâtiments remarquables d’architectes à découvrir à pied

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L’Art Déco s’impose à Paris entre 1920 et 1939 comme un langage de synthèse : géométrie rigoureuse, volumes étagés, béton armé assumé, décor stylisé intégré à la structure. Dans le 17ᵉ arrondissement, quartier en pleine mutation durant l’entre-deux-guerres, il irrigue l’habitat collectif, les équipements et même l’architecture religieuse. Ce parcours montre comment les architectes adaptent le vocabulaire Art Déco aux contraintes urbaines.

Reportage : Agathe de Vaucelles
En partenariat avec l’association Histoire & Patrimoine Paris 17e

Ici, l’Art Déco ne se résume pas à un décor plaqué sur des façades traditionnelles. Il transforme la conception même de l’immeuble : retraits en gradins, angles arrondis, loggias creusées dans le volume, travées verticales affirmées. Le béton armé permet d’ouvrir les plans, d’agrandir les baies, d’introduire davantage de lumière. La façade devient l’expression directe de la structure. Les architectes testent de nouvelles manières d’habiter la ville, articulent monumentalité et fonctionnalité, composent avec les carrefours, les places et les axes élargis issus des anciennes fortifications.

12 étapes pour lire l’Art Déco in situ, des Batignolles à la Porte-de-Champerret

1) 103, rue Nollet

Ensemble de quatre immeubles nommé « Square Nollet », construit en 1935 par les architectes Paul Marteroy (1880-1952) et Georges Bonnel (1888-1975). La façade présente un jeu de retraits et de terrasses en gradins, signature modernisée de l’architecte. Le béton armé et des parements lisses structurent une composition géométrique très maîtrisée. Les garde-corps métalliques adoptent des motifs linéaires sans surcharge ornementale. L’ensemble traduit la recherche d’hygiène, de lumière et de rationalité propre à l’Art Déco parisien.

2) 18, boulevard Pereire

Le boulevard Pereire nord et sud a été aménagé de 1852 à 1854 en liaison avec la construction de la ligne d’Auteuil, en embranchement de la ligne de Paris à Saint-Germain, par une compagnie fondée par les frères Pereire, sur le territoire des communes de Batignolles-Monceaux et de Neuilly entre le mur des Fermiers généraux et l’enceinte de Thiers, qui ne sera annexé à la Ville de Paris qu’en 1860. Au 18 du boulevard Pereire, un immeuble construit par Jean Boucher (1879-1935) et René Pierre en 1929, également associés pour le 182 bis du même boulevard, signé en façade. Des balcons filants et encadrements de baies soulignent l’horizontalité du boulevard. Le décor reste discret : frises stylisées et ferronneries géométriques. Le bâtiment illustre l’intégration du style dans un axe haussmannien élargi.

3) Église Sainte-Odile

Œuvre majeure de Jacques Barge (1904-1979), construite entre 1935 et 1946. Son clocher culmine à 72 mètres, le plus haut de Paris, signal vertical exceptionnel dans Paris intra-muros. Des volumes massifs en béton, coupoles d’inspiration byzantine simplifiées. Les vitraux sont signés de François Décorchemont (1880-1971). Un manifeste rare de l’Art Déco sacré, classé au titre des monuments historiques en 2001. L’église doit desservir les habitations à bon marché construites sur les anciennes fortifications, édifiées sur ordre de Thiers en 1841, achevées en 1846 et démantelées en 1919.

4) Place Stuart-Merrill

L’immeuble s’inscrit dans la séquence urbaine dominée par la silhouette de l’Église Sainte-Odile. Édifié au milieu des années 1930. La façade développe une composition géométrique stricte : travées verticales marquées, baies alignées et angles nets. Le béton armé, laissé sobrement enduit, affirme la modernité constructive tandis que les garde-corps métalliques adoptent des motifs stylisés discrets. L’ensemble compose un front bâti cohérent, où l’Art déco se fait urbain, structurant et mesuré, sans emphase décorative.

5) 1, rue Catulle-Mendès

Immeuble inclus dans un ensemble très homogène construit par l’architecte Jérôme Bellat (1888-1962) tout autour de ce pâté de maisons. Propriétaire de certains terrains du quartier, issus de la démolition des fortifications, on trouve d’autres de ses réalisations rue Albert-Samain, avenue Stéphane-Mallarmé, rue de Courcelles ou encore boulevard Berthier où un square porte même son nom.

6) 14, boulevard Gouvion-Saint-Cyr

C’est un important ensemble d’immeubles construit en 1927 en parement de briques rouges sur l’ensemble du pâté de maison encadré par le boulevard Gouvion-Saint-Cyr, l’avenue de la Porte-de-Champerret et la rue Claude-Debussy. Alternance de briques et béton pour souligner les lignes horizontales. Balcons continus qui structurent la façade côté boulevard. Une entrée monumentalisée par un encadrement sobrement sculpté. Architecture de densité, adaptée à un axe majeur proche des fortifications.

7) Square du Vivarais

Cet ensemble HBM a été construit dans les années 1930 pour la Société Anonyme de Gestion Immobilière (SAGI) par l’architecte et ingénieur Louis-Clovis Heckly (1893-1975). Sa structure en béton mêle élégamment des parements de briques de différentes couleurs autour de cours végétalisées. Façades sobres, volumes clairs, géométrie rigoureuse. Balcons en saillie créant un jeu d’ombres finement calibré.

8) 42, boulevard Gouvion-Saint-Cyr

Remarquable réalisation de l’architecte Raymond Perruch (1903-1964), cet immeuble de quatre travées est construit en 1930 sur neuf étages. Ensemble homogène attribué à plusieurs architectes. Répétition modulaire des travées, rythmée par des loggias en léger retrait. Usage affirmé du béton armé et de la brique en parement. Un décor réduit à des lignes gravées et ferronneries stylisées. Le front urbain continu est typique des opérations des années 1930.

9) 2, boulevard Pershing

C’est là également une réalisation de Jérôme Bellat (1888-1962). La façade est rythmée par des pilastres plats et des bandeaux horizontaux. Composition symétrique, accentuée par une entrée centrale monumentale. Des matériaux robustes, traitement épuré des surfaces. Architecture de prestige en lisière des Ternes.

10) 2, place du Général-Koenig

Imposant ensemble d’immeubles composant l’ensemble du pâté de maison, encadré par la place du général Koenig, le boulevard Gouvion-Saint-Cyr et le boulevard Pershing, construit entre 1930 et 1932 par l’architecte André Arfidson (1870-1935). Traitement arrondi de l’angle, caractéristique de l’Art déco tardif. Des baies regroupées en travées verticales continues. Effet de proue urbaine face aux axes convergents. Un repère architectural structurant la porte des Ternes.

11) Place de la Porte-de-Champerret

Cet immeuble situé au numéro 2 de la place a été réalisé par Jérôme Bellat déjà évoqué avec le 1 rue Catulle-Mendès. Une composition dynamique jouant sur la courbe et la verticalité. Façade en béton lissé, soulignée de moulures géométriques. Loggias intégrées dans le volume principal. Un marqueur fort de l’urbanisation Art déco autour de la porte Champerret. Son nom provient d’un propriétaire, Jean-Jacques Perret, qui réalisa l’opération de lotissement de Levallois-Perret en 1822.

12) 6, place de la Porte-de-Champerret

Cet immeuble collectif est signé de Louis-Hippolyte Boileau (1878-1948). La façade est rythmée par des bandeaux horizontaux continus. Belle entrée traitée comme un portique simplifié. Ferronneries aux motifs en éventail stylisé. Exemple d’architecture de carrefour, pensée pour la visibilité. On imagine volontiers le 17ᵉ arrondissement figé dans l’uniformité haussmannienne : pierre blonde, balcons filants, ordonnancement régulier. Ce parcours démontre l’inverse. Derrière cette image convenue se déploie une stratification architecturale beaucoup plus riche, où l’Art Déco occupe une place structurante dans le paysage urbain de l’entre-deux-guerres, tout particulièrement dans la périphérie.

Le 17ᵉ apparaît ainsi comme un laboratoire discret de la modernité parisienne des années 1930. Un territoire où l’innovation constructive dialogue avec la continuité du tissu haussmannien, sans rupture brutale. Le quartier conserve son élégance classique tout en intégrant les signes d’une ville qui bascule pleinement dans le XXᵉ siècle.